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Dans une langue bientôt morte

8 Avr

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Voilà, c’est fini.

Étrange mission pour un scribe que d’avoir à enregistrer la fin d’un peuple.

Je sculpte en hiérogyphes déjà anciens et dans une langue bientôt morte l’intérieur du sarcophage dans lequel je finirai mes jours, encore bien vivant, à respirer le peu d’air qu’il me restera.

Je pourrais, comme plusieurs de mes compatriotes, m’immoler par le feu, mais je préfère une mort douce, lente et consciente, avec un filet d’air et l’inscription de notre disparition à contempler pour l’éternité.

Ce n’est pas seulement moi qui meurt, c’est toute la lignée de mes ancêtres.

L’extinction non seulement d’une race, mais de toute une humanité appelée à disparaître permettra l’émergence d’une nouvelle humanité dans la terre noire de notre disparition.

Dans les ténèbres de mon tombeau j’entends hululer la chouette que j’ai gravée en noir dans la pierre noire et c’est ainsi que je m’éteins, comme un phosphène dans la nuit des temps.

© La rose des temps 2014

Isis

14 Nov

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Se lever dans la nuit, allumer une chandelle. Combien de scribes ont répété ce geste à travers le temps, pour tenter de déchiffrer le côté hiéroglyphe de ce qu’on appelle le réel?

Elle imagine la théorie des scribes dans l’enchâssement du temps, penchés sur leur tablette, leur stylet à la main, concentrés.

Simultanément, ils tracent le hiéroglyphe représentant Isis, ce hiéroglyphe qu’elle sait encore tracer au XXI ième siècle. Tout l’arc-en-ciel des prénoms qu’a empruntés la narratrice depuis le début de l’écriture de cette histoire s’est peu à peu dissipé dans le vent et c’est le nom d’Isis qui s’impose rétrospectivement, soleil universel de ce roman.

Il suffira de quelques manoeuvres dans le traitement de texte pour placer Isis au centre de toutes les constellations de fractales qui tournent lentement dans son ciel mental tandis qu’elle transcrit ce qu’elle entend dans un carnet de notes commencé il y a cinq ans, retrouvant le plaisir de l’écriture manuscrite apprise dans l’enfance.

Elle a résisté à sa tablette électronique car il y a toujours quelqu’un qui veille à l’autre bout du monde et la tentation de poursuivre une conversation dans le cyberespace risquerait de la distraire de son travail de moine copiste enluminant un manuscrit vieux comme la nuit des temps.

Isis cherche à rassembler les fils d’or rose de ce roman en une torsade que la lecture permettrait de dénouer au rythme d’une respiration lente et profonde, clé de voûte du coeur d’une Dame au Grand Coeur prêtresse de la Lune qui, en s’élevant, pleine, dans la voûte céleste, dissipe les ombres, répandant le divin nectar de la paix.

Elle danse au centre mouvant de cette histoire et le bruit de ses pas dans le silence de la nuit nous guide, vous et moi lecteurs, vers le son du Soi, cette clé de vie de notre véritable identité.

La nuit de sa mort, ma mère m’a transmis le rayon rose de son nom de jeune fille et c’est ce son que j’entends résonner dans toute la rose des temps, celui de la Mère universelle au manteau d’étoiles. Celle-là même qui nous prend dans ses bras à l’heure de notre mort, comme elle accueille en ce moment les milliers d’êtres dont les âmes ont quitté cette Terre dans l’effroi, quand le plus grand typhon de tous les temps s’est déchaîné.

L’humble scribe que je suis est un attrapeur de rêves et j’entends, oui j’entends, à travers l’immense brouillard de sons venus de l’espace comme des profondeurs de la Terre, j’entends la musique de vos âmes, lectrices.

Maintenant que j’ai fini de raconter cette histoire dans le grand vortex du Temps, laissez-moi  vous raconter le début d’une grande histoire d’amour, si vous le voulez bien.

Il était une fois, neuf jeunes filles pétillantes de vie s’affairant à coudre des marguerites, des boutons d’or et des roses sauvages dans le tissu de leurs longues robes pour célébrer le solstice d’été au milieu d’une clairière ensoleillée…

39/99 Chantier d’écriture de ©La rose des temps