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Notre sauvage besoin de libération

4 Jan

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Au printemps 2012, nous avons marché

vent debout, à l’envers du temps,

et c’est vers nous que nous allions.

 Gabriel Nadeau-Dubois

On croirait marcher dans l’air

traverser des voiles d’illusions

les chevaux de l’année du cheval accourent

crinières en feu yeux telluriques

pattes soulevant la fleur de sel de la Terre

franchissant le mur du son

ils passent à travers nous

dans une nuit rouge

qui enveloppe les corps

rebelles à toute dictature

pulvérisant les censures invisibles

créant ensemble des petites zones libres 

de paroles vraies

au parfum de nouveau monde

 

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12/99 Chantier d’écriture

17 Août

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Les canots et les kayaks glissent sur la Rivière du  Nord. Le ciel est d’un bleu pur, une brise douce transporte le parfum des grands pins. Au marché d’été du village, une jeune violoniste joue des airs enchanteurs. Consultant son téléphone intelligent pendant qu’ils attendent leur plat du midi sur une terrasse, Lila tombe sur un de ces irritants courriels génériques avec de mignons chatons, des blagues qu’elle ne lit jamais ou  des articles de fond sur des sujets qui ne l’intéressent pas. Elle se promet toujours de demander à ces correspondants inconscients de lui faire grâce du flot de leur enthousiasme, mais elle n’ose pas toujours. Cette fois, le courriel provient d’un vieil homme qui doit bien avoir 92 ans maintenant, un vieux communiste basque avec qui elle a fraternisé aux casseroles, pendant le printemps érable. Bon pied, bon oeil, le vieux  monsieur frappait vigoureusement sur sa casserole tous les soirs à huit heures, marchait avec la petite foule de quelques centaines de personnes qui faisaient les quatre coins à l’angle des rues Fleury et Christophe-Colomb, respectant les feux rouges, poussant des poussettes avec leurs bébés, traînant leurs ados récalcitrants. Au bout de deux semaines, ils étaient un millier à arpenter les rues d’Ahuntsic, tapant sur leurs casseroles avec des cuillères de bois: les enfants en pyjama sortaient sur les balcons, leurs parents faisaient clignoter les lumières en signe de solidarité. C’est en marchant côte à côte que le vieux monsieur et elle avaient fait connaissance dans le vacarme des casseroles. Ils avaient échangé leurs courriels et depuis, le vieux Basque tentait de les rallier, Trésor d’amour et elle, à différentes causes toutes plus nobles les unes que les autres. Lila se rappelait l’avoir croisé le jour de l’Action de Grâce à l’île de la Visitation. Ils étaient revenus ensemble par le boulevard Gouin. En arrivant chez elle, Lila avait trouvé un message téléphonique de l’amie de coeur de papa. Il s’était étouffé au restaurant le midi et il était à l’urgence. Lila avait accouru. Le pneumologue n’avait rien trouvé et papa était rentré à la maison. Rétrospectivement, elle se rend compte que ça avait été le début de la fin. Le courriel du vieil homme aujourd’hui, parle de la vieillesse. Lila se demande combien de temps il lui reste à vivre et lui répond avec gentillesse, quitte à déclencher une nouvelle salve de courriels sur l’importance de la lutte.

Chantier d’écriture de ©La rose des temps