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Transmutation

4 Mai

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Retrouver les gestes d’Égypte ancienne et de plus loin encore, les rituels oubliés d’humanités précédentes perdues dans la nuit des temps. L’apprentissage se déroule à un rythme de plus en plus rapide en ce sixième jour de la formation en Énergétique de sorte que le mental ne s’y retrouve plus. D’anciennes blessures psychiques se réveillent. Les larmes coulent.

L’Asiatique étendu sur la table de soins tremble légèrement tandis que Rose fait un balayage de son corps éthérique, puis de son corps émotionnel et de son corps mental. Quand elle scanne ses chakras, elle sent sous sa main bleue palpiter le coeur du jeune homme qui irradie une chaleur prodigieuse. Puis elle s’approche de son troisième oeil, respire profondément et devient l’eau furieuse de la Rivière du Nord gonflée par la débâcle du printemps. Mais l’eau se change en nuit étoilée et c’est le feu des étoiles qui éclate dans son cerveau tandis que son souffle se suspend un instant au cours duquel elle voyage dans les espaces intersidéraux puis revient dans son corps pour compléter le mouvement dansant autour de son partenaire tandis que la musique s’arrête et qu’elle touche délicatement son épaule pour lui permettre d’émerger.

Quand il reforment tous le cercle, lumineux dans leurs vêtements entièrement blancs, au milieu du temple percé d’immenses fenêtres s’ouvrant sur la forét laurentienne plongée dans le brouillard, Rose se rend compte qu’après ce moment d’intense fusion, elle éprouve un profond besoin de solitude. Elle file faire ses bagages et se met au lit de bonne heure afin de pouvoir rentrer tôt le lendemain à Montréal dans sa Communauto rouge, couleur du chakra de l’enracinement.

La rose des temps 2014

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Dans une langue bientôt morte

8 Avr

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Voilà, c’est fini.

Étrange mission pour un scribe que d’avoir à enregistrer la fin d’un peuple.

Je sculpte en hiérogyphes déjà anciens et dans une langue bientôt morte l’intérieur du sarcophage dans lequel je finirai mes jours, encore bien vivant, à respirer le peu d’air qu’il me restera.

Je pourrais, comme plusieurs de mes compatriotes, m’immoler par le feu, mais je préfère une mort douce, lente et consciente, avec un filet d’air et l’inscription de notre disparition à contempler pour l’éternité.

Ce n’est pas seulement moi qui meurt, c’est toute la lignée de mes ancêtres.

L’extinction non seulement d’une race, mais de toute une humanité appelée à disparaître permettra l’émergence d’une nouvelle humanité dans la terre noire de notre disparition.

Dans les ténèbres de mon tombeau j’entends hululer la chouette que j’ai gravée en noir dans la pierre noire et c’est ainsi que je m’éteins, comme un phosphène dans la nuit des temps.

© La rose des temps 2014

La dernière fractale

2 Jan

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Comme le poète alchimiste du verbe qui aimait « les peintures idiotes, dessus de portes, décors, toiles de saltimbanques, enseignes, enluminures populaires », Isis plonge avec délice dans les profondeurs ésotériques du Web invisible, au hasard des algorithmes de Scoop.it qui la renvoient, en cette fin d’année, à un blogue où le printemps arabe, prototype des mouvements de libération propulsés par les médias sociaux, apparaît comme une fractale qui se reproduit, pas exactement, mais organiquement, à travers toute la planète.

Le matin du dernier jour de l’année, elle se lève à l’aube, en catimini, soucieuse de ne pas réveiller Trésor d’amour qui dort profondément : des amis doivent passer la prendre très tôt pour se rendre à la célébration du 31 décembre avec le Guide des Égarés qui, chaque année, réunit les Artisans de Lumière pour leur révéler les grandes lignes du travail qui les attend au cours de la nouvelle année.

Sur France Musique, le matin du Premier de l’An, Isis entend une oeuvre chorale intitulée « Work for Poets »: Graver les runes? Et laisser couler le vent? Les mots de l’animatrice se sont envolés, mais les voix claires glissent en elle tandis qu’elle danse dans la lumière des synchronicités.

De lien en lien, elle finit par tomber sur le poème mis en musique par le compositeur de la reine: Carve the runes/ And then be content with silence. 

Elle propose à Trésor d’amour une longue marche près de la rivière gelée : habillés comme des ours, ils s’aventurent dans le grand froid ébloui de soleil.

Vers la fin de l’après-midi, quelqu’un qu’elle aime bien téléphone pour souhaiter la bonne année: malgré leur conversation cordiale, Isis capte l’égrégore noir de l’esprit profondément pessimiste de son interlocuteur et en reste troublée pendant des heures.

Trésor d’amour la rassure et la console, débouche le champagne et lui rappelle qu’elle a l’intention de danser dans la lumière au cours de cette nouvelle année.

Isis sourit en disant qu’il lui faudra vraisemblablement danser aussi avec les ombres, le temps d’un rigodon.

Ils mettent ensuite la radio sur une chaîne qui diffuse de la musique trad en savourant de la tourtière végétalienne et apprennent à leur grand étonnement, que c’est le poète qui a inspiré le nom des éditions Les Herbes rouges, où Isis a publié au début de sa carrière, qui a écrit la très populaire chanson «Dans nos vieilles maisons»!

Isis raconte les Jours de l’An chez sa grand-mère maternelle, tous ces Premiers de l’An à entendre ses nombreux oncles et tantes entonner chacun à leur tour leur chanson à répondre de prédilection.

Elle dit encore mononcle et matante comme dans son enfance: Trésor d’amour connaît l’ambiance pour l’avoir accompagnée pendant des années au Jour de l’An à Saint-Augustin, mais il l’écoute avec indulgence tout en lui versant un autre verre de vin rouge biologique qu’elle boit beaucoup trop vite, pour noyer son chagrin.

Isis raconte qu’un mononcle entonnait « Chevaliers de la table ronde », et qu’un autre callait une gigue qu’on dansait dans la vaste cuisine de grand-maman où on avait tassé la table.

Après avoir swigné la compagnie, un autre encore enchaînait avec la mystérieuse « Range ta catin pour passer l’agrément mman ».

Le mononcle d’origine ukrainienne partait « Oncle MacDonald had a farm » et tout le monde reprenait en choeur les cris des animaux de la ferme, au grand plaisir des trente petits-enfants dont Isis était l’aînée.

Quand les verres des mononcles commençaient à se vider, l’un d’eux chantait: « Boirons-nous toujours de l’eau/Sommes-nous des grenouilles » jusqu’à ce que quelqu’un propose une autre ronde de fort.

Quand les mononcles commençaient à être un peu saouls et avoir les mains un peu trop baladeuses dans les sets carrés, une des matantes se dégênait et se lançait dans « Mes souliers sont rouges, ma mignonne, ma mignonne, mes souliers sont rouges ma mignonne mes amours ».

Ce n’était pas long que la marraine d’Isis prenait le plancher à son tour et entonnait avec son mari une chanson comique qui s’ouvrait par ces mots:

—Dites-moi donc Mamzelle d’où venez-vous donc?

—Je viens de Sorel et vous mon garçon?

—Moi je viens de Trois-Pistoles pis je m’appelle…

Isis sourit en écrivant la fractale plus tard dans la nuit: ça rimait avec Trois-Pistoles, mais elle n’écrira certainement pas le nom du personnage de la chanson, après avoir respecté pendant plus de trois cents pages la contrainte onomastique qu’elle s’est donnée au cours de l’écriture de La rose des temps.

Elle a voulu rassembler dans ce livre les fragments éparpillés de son identité et ça lui a pris cinq ans avant de trouver le nom de la narratrice qui est passée du je à la troisième personne, s’est d’abord appelée Rrose, puis Lila, puis Rose avec un seul « r »et de nouveau Lilas, mais avec un « s », puis Lalila et de nouveau Lila avant de revenir à Rose en passant par Lilas-Rose et de se métamorphoser un moment en Iris.

Et puis un jour, intuition fulgurante: cette narratrice s’inscrivant dans une longue série de scribes s’appellerait Isis.

N’était-elle pas, en Égypte ancienne, celle qui incarnait le féminin sacré, le deuxième arcane majeur, celle qui gardait dans les plis de sa robe éthérique la mémoire des humanités précédentes, celle qui reconstituait le corps démembré de son époux éparpillé le long du Nil et le ressucitait ?

En vérifiant sur le blogue de son chantier d’écriture la date où elle avait utilisé pour la première fois son véritable nom, Isis constate que c’était le jour anniversaire de la naissance de sa grand-mère maternelle, celle à qui elle ressemblait, comme elle ressemblait à maman.

La première fois qu’il les avait vues ensemble toutes les trois, au Jour de l’An, quand il avait 20 ans et qu’Isis en avait 19, Trésor d’amour avait fondu en larmes, ému de pressentir le lien profond qui les unissait toutes les trois, rayon rose d’une constellation familiale dont elles étaient le coeur et dont elles assuraient la transmission.

Ce n’était qu’aux petites heures du matin que l’oncle le plus renfermé poussait sa chanson à répondre, vacillant, un verre de gin à la main, oubliant les paroles, faussant avec allégresse pendant que tout le monde reprenait le refrain:

L’Ancien et le Nouveau oooooo

C’était la chanson préférée d’Isis, elle l’attendait toute la nuit, exigeait qu’on la réveille pour cette chanson-là si elle s’était endormie dans les manteaux de fourrure des matantes: si seulement cet homme qui ne parlait jamais et qui était mort dans la solitude quelques années plus tôt, si seulement il avait su l’impact profond qu’avait eu sa chanson sur l’aînée de ses nièces, celle qui deviendrait écrivaine.

Et c’est sur ces mots qu’Isis met fin à ce roman, le deuxième jour du premier mois de l’An Deux du Nouveau Monde dont vous et moi, lecteurs, ne verront pas la splendeur, mais dont nous sommes d’ores et déjà les artisans.

Chantier d’écriture de ©La rose des temps

70/99 Fées et lutins

26 Juin

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En bavardant avec deux voyageuses européennes qui évoquent les fées et les lutins qui hantent sans doute cette belle forêt boréale, Lalila retrouve soudain la mémoire de la première fois où elle a aperçu son guide intérieur, le prenant alors pour un diablotin hantant les bois alors qu’elle devait camper une nuit toute seule dans la forêt au cours d’une Quête de Vision d’une semaine avec un chamane américain dans une forêt de l’état de New York, il y a très longtemps de ça.

Au cours de la dernière séance de canalisation au Cap-de-Bon-Désir, une baleine émerge à plusieurs reprises des eaux bleues du Saint-Laurent; ils l’observent  des rochers sur lesquels ils ont pris place autour du Guide des Égarés qui les incite à bien ouvrir les yeux.

La rose des temps apparaît alors dans le ciel mental de Lalila, étoile à douze pointes sertie dans une lumière d’or rose qui l’émeut profondément.  

Après les salutations à l’amie blonde et à d’autres connaissances, Lalila retrouve le couple avec qui elle a covoituré et ils se dirigent vers les Escoumins pour un dîner de poisson avant de reprendre la route en direction de Tadoussac. 

Ils s’arrêtent dans un petit village de la Côte Nord pour rendre visite à des gens qu’ils connaissent et,  pendant que l’homme va rejoindre le mari en bleu de travail qui bricole quelque engin dans la grange, Lalila et sa nouvelle amie vont jaser avec sa femme dans un salon rempli de bibelots et de photos de famille.

La femme a de magnifiques yeux clairs pétillants d’intelligence, une verve extraordinaire et un accent qui sent la mer. 

Elle parle de sa fille qui travaille en design pour le cinéma à Los Angeles, de sa petite-fille de trois ans qui, à la question: «Comment ça va?», répond à sa grand-mère: «On vit la séparation».

La femme raconte qu’elle est la septième de quinze enfants, qu’elle a grandi dans une ferme près du fleuve—elle dit le fleuve et non la mer—qu’il n’y a pas de médecin à Tadoussac, qu’il faut se rendre à Chicoutimi ou à Baie Comeau, qu’il n’y a en tout que 1000 habitants dans toute la Côte Nord, que le gouvernement a fait construire deux traversiers beaucoup trop gros, mais que ce serait beaucoup mieux si on bâtissait un pont suspendu, là où le Saguenay est le plus étroit, pour laisser passer les paquebots de touristes.

En partant, Lalila admire un ancien fer à repasser en fonte posé sur le poêle à bois; la femme lui montre le mécanisme pour l’ouvrir afin de le remplir de charbon, explique qu’elle a pris ça en Afrique où ils ont vécu longtemps et conclut en disant, pince-sans-rire:«C’est pratique vacarne! —son patois est bien vacarne!—tu t’en vas dans le bois pis tu repasses!»

©99fractales pour La rose des temps (roman)

 

69/99 Initiation

25 Juin

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À Baie Sainte-Marguerite, sur le fjord du Saguenay, il faut marcher sur un sentier en forêt boréale pendant une trentaine de minutes et traverser un pont suspendu avant d’arriver à  la plage de sable.

La marée est  basse, ils  s’installent en un large éventail autour du messager du Guide des Égarés qui répond aux questions qu’on lui a posées depuis le début du voyage initiatique et explique le phénomène de médiumnité qui correspond à ce que les Américains appellent du channeling, précisant que, bien sûr, le guide intérieur est une métaphore d’un phénomène relié à l’énergie quantique et qu’il s’agit en fait de particules de lumière, mais que c’est plus intéressant de parler d’animaux totémiques ou des personnages que nous présentent notre imagination afin de pouvoir dialoguer avec ces forces qui nous guident.

L’humidité et la chaleur sont accablantes au point qu’il devient difficile de se concentrer; Lalila sombre rapidement dans le sommeil dès la première expérience de contact avec le guide intérieur.

Heureusement, sa voisine pose doucement sa main sur son bras en appliquant un peu de pression pour la réveiller; Lalila quitte la position allongée, prend son carnet et un crayon pour plutôt contacter son guide par écriture automatique.

Après la pause pique-nique, plusieurs vont se baigner dans la baie envahie par la marée montante, d’autres marchent dans l’eau douce pour se rafraîchir un peu et le reste de l’après-midi s’écoule dans une torpeur nuageuse tandis qu’ils doivent sans cesse reculer leurs tapis de sol vers la  lisière de la forêt car la marée n’en finit plus de monter, le clapotis des vagues enterrant souvent la voix du Guide des Égarés.

Dans le peu dont elle se rappelle de ses propos cet après-midi là, Lalila retrouve la sensation de contraction au niveau du coeur dès qu’il évoque la possibilité d’interroger son guide intérieur au sujet de secrets qui devraient être révélés; les trois autres membres de son quatuor n’ayant pas entendu cette partie de l’exercice, Lalila reste seule avec cette lourdeur au coeur  dont elle ne sait que faire.

Quand il s’agit d’interroger son guide  et de canaliser soi-même la réponse en présence des autres, Lalila revient sur ce sujet et demande au scribe atlante qui la guide depuis le début de son incarnation, comment elle devrait traiter cette question des secrets dans son roman: il répond aussitôt qu’il s’agit de diffuser la question en fractales  à travers tout le livre, de sorte que n’en parlant jamais directement, elle dira tout.

Une fois l’expérience  terminée, Lalila cherchera des yeux la radieuse jeune femme à la chevelure blanche,une des personnes spécialisées en accompagnement psycho-spirituel que les voyageurs peuvent consulter en cas d’impasse émotionnelle: il y a trois ans, sur la plage des dunes, elle l’avait beaucoup aidée avec la question des secrets et Lalila avait par la suite reçu  comme  un talisman précieux la révélation qui lui avait été faite un an plus tard par quelqu’un à l’article  de la mort. 

De son puissant regard de chamane, la radieuse jeune femme à la chevelure blanche perce le coeur de Lalila et lui explique qu’elle n’a pas à être le réceptacle de ce lourd secret qu’elle a eu le privilège de recevoir, qu’elle n’en est que le passeur et les larmes qui coulent sur les joues de Lalila baignent son visage comme des eaux baptismales d’or rose lui confirmant qu’elle a été bien inspirée de demander de l’aide pour franchir cette importante étape de l’initiation au guide intérieur.

©99fractales pour La rose des temps (roman)

68/99 Moment de grâce

24 Juin

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C’est vers la fin de la séance sous les étoiles au plateau des dunes de Tadoussac, la veille de la pleine lune, au solstice d’été.

Le Guide des Égarés s’est montré particulièrement subtil pendant toute la visualisation, les envoyant sur la lune pour rêver leur vie, les ramenant sur Terre pour énumérer toutes leurs qualités, les incitant à corriger virtuellememt un moment où ils ne se sont pas trouvés à la hauteur, les ramenant dans le temps, les projetant dans le futur au point où sans doute personne ne suit plus, épuisé par une longue journée au soleil sur la plage de Pointe Rouge puis par une croisière aux baleines ou par une promenade à la Pointe de l’Islet.

Lalila finit par saisir qu’il les mène en bateau et se met à le trouver particulièrement drôle même si elle frissonne dans son anorak d’hiver: le vent s’est levé, elle se tourne sur le côté, enroulée dans sa couverture et contemple la lune presque pleine, rose et chaude.

Des étoiles sont apparues, espacées parmi les voiles légers des nuages.

Le Guide des Égarés s’adresse ensuite au musicien qu’il appelle le « troubadour » et lui demande de faire « danser les étoiles ».

C’est alors que s’élève une musique divine qui s’empare de l’âme.

Une petite phrase musicale, lancinante, se répète et se décline dans une autre tonalité, revient, se reprend: Lalila s’aperçoit qu’elle ne sait absolument pas décrire la musique.

D’habitude, le « troubadour » tire de sa guitare des sonorités presque cristallines, mais, cette fois, on dirait que tout un orchestre l’accompagne.

Subjuguée par l’état de paix qu’elle ressent, Lalila prend conscience de la beauté de ce moment de grâce: elle se rasseoit dans l’or rose de son enchantement et constate que ce n’est pas un enregistrement, que c’est bien le musicien qui joue de son instrument dans la pénombre, mais elle perçoit la lueur bleutée d’un appareil électronique qui y est connecté: elle va trouver le troubadour pour lui dire à quel point sa musique est merveilleuse et il explique, ravi, qu’il a ajouté à sa composition des violons sur tablette électronique.

©99fractales pour La rose des temps (roman)

 

67/99 Le guide intérieur

23 Juin

Le sable fin de la plage de Pointe Rouge scintille au soleil tandis que des bélugas affleurent à la surface du fleuve.

En arrivant le matin, le Guide des Égarés leur suggère d’étendre leurs tapis de sol dans le sable afin de pouvoir s’allonger pour vivre dans la détente l’expérience de la rencontre de leur guide intérieur.

Dès le début de l’initiation, Lalila voit émerger derrière ses yeux clos, une lumière orange qui vire au rose-orangé puis à l’ocre.

Elle entre instantanément dans une salle d’ombre fraîche dont les murs sont couverts de hiéroglyphes tremblants d’une lumière d’orange claire, comme si une étrange substance phosphorescente courait derrière les signes gravés dans l’air.

Son guide est un scribe atlante, un être à la peau d’un vert sombre et au crâne bulbeux qu’elle ne voit pas tout de suite mais dont elle sent d’abord la présence bienveillante, ce qui la rend euphorique.

Il lui pose doucement la main sur l’épaule pour attirer son attention sur la matière des murs et lui transmet qu’il s’agit d’orichalque rose.

Il se transforme alors en un lynx aux yeux d’or et la bibliothèque akashique vacille: elle se trouve maintenant dans un salon jaune du XVIII e siècle, puis par enchâssement progressif dans le temps, dans un salon jaune de sa vie terrestre actuelle, celui de la Maison des Écrivains, rue Laval, à Montréal.

Elle suit ensuite le guide qui a repris une forme humanoïde sur un chemin qui se courbe vers un tunnel de brique rouge couvert de lierre.

Trois entités constituant une ombre noire translucide flotte vers elle et Lalila sursaute, laissant son guide intérieur dans le monde subtil pour revenir à la réalité de la mer où brille le dos blanc d’un béluga, du soleil et du sable, et des trois autres membres du quatuor énergétique avec qui le Guide des Égarés suggère de partager ce qu’ils ont vu, ce qu’elle fait la voix troublée par la peur des autres qui contracte encore sa gorge.

©99fractales pour La rose des temps (roman)