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Dans une langue bientôt morte

8 Avr

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Voilà, c’est fini.

Étrange mission pour un scribe que d’avoir à enregistrer la fin d’un peuple.

Je sculpte en hiérogyphes déjà anciens et dans une langue bientôt morte l’intérieur du sarcophage dans lequel je finirai mes jours, encore bien vivant, à respirer le peu d’air qu’il me restera.

Je pourrais, comme plusieurs de mes compatriotes, m’immoler par le feu, mais je préfère une mort douce, lente et consciente, avec un filet d’air et l’inscription de notre disparition à contempler pour l’éternité.

Ce n’est pas seulement moi qui meurt, c’est toute la lignée de mes ancêtres.

L’extinction non seulement d’une race, mais de toute une humanité appelée à disparaître permettra l’émergence d’une nouvelle humanité dans la terre noire de notre disparition.

Dans les ténèbres de mon tombeau j’entends hululer la chouette que j’ai gravée en noir dans la pierre noire et c’est ainsi que je m’éteins, comme un phosphène dans la nuit des temps.

© La rose des temps 2014

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La dernière fractale

2 Jan

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Comme le poète alchimiste du verbe qui aimait « les peintures idiotes, dessus de portes, décors, toiles de saltimbanques, enseignes, enluminures populaires », Isis plonge avec délice dans les profondeurs ésotériques du Web invisible, au hasard des algorithmes de Scoop.it qui la renvoient, en cette fin d’année, à un blogue où le printemps arabe, prototype des mouvements de libération propulsés par les médias sociaux, apparaît comme une fractale qui se reproduit, pas exactement, mais organiquement, à travers toute la planète.

Le matin du dernier jour de l’année, elle se lève à l’aube, en catimini, soucieuse de ne pas réveiller Trésor d’amour qui dort profondément : des amis doivent passer la prendre très tôt pour se rendre à la célébration du 31 décembre avec le Guide des Égarés qui, chaque année, réunit les Artisans de Lumière pour leur révéler les grandes lignes du travail qui les attend au cours de la nouvelle année.

Sur France Musique, le matin du Premier de l’An, Isis entend une oeuvre chorale intitulée « Work for Poets »: Graver les runes? Et laisser couler le vent? Les mots de l’animatrice se sont envolés, mais les voix claires glissent en elle tandis qu’elle danse dans la lumière des synchronicités.

De lien en lien, elle finit par tomber sur le poème mis en musique par le compositeur de la reine: Carve the runes/ And then be content with silence. 

Elle propose à Trésor d’amour une longue marche près de la rivière gelée : habillés comme des ours, ils s’aventurent dans le grand froid ébloui de soleil.

Vers la fin de l’après-midi, quelqu’un qu’elle aime bien téléphone pour souhaiter la bonne année: malgré leur conversation cordiale, Isis capte l’égrégore noir de l’esprit profondément pessimiste de son interlocuteur et en reste troublée pendant des heures.

Trésor d’amour la rassure et la console, débouche le champagne et lui rappelle qu’elle a l’intention de danser dans la lumière au cours de cette nouvelle année.

Isis sourit en disant qu’il lui faudra vraisemblablement danser aussi avec les ombres, le temps d’un rigodon.

Ils mettent ensuite la radio sur une chaîne qui diffuse de la musique trad en savourant de la tourtière végétalienne et apprennent à leur grand étonnement, que c’est le poète qui a inspiré le nom des éditions Les Herbes rouges, où Isis a publié au début de sa carrière, qui a écrit la très populaire chanson «Dans nos vieilles maisons»!

Isis raconte les Jours de l’An chez sa grand-mère maternelle, tous ces Premiers de l’An à entendre ses nombreux oncles et tantes entonner chacun à leur tour leur chanson à répondre de prédilection.

Elle dit encore mononcle et matante comme dans son enfance: Trésor d’amour connaît l’ambiance pour l’avoir accompagnée pendant des années au Jour de l’An à Saint-Augustin, mais il l’écoute avec indulgence tout en lui versant un autre verre de vin rouge biologique qu’elle boit beaucoup trop vite, pour noyer son chagrin.

Isis raconte qu’un mononcle entonnait « Chevaliers de la table ronde », et qu’un autre callait une gigue qu’on dansait dans la vaste cuisine de grand-maman où on avait tassé la table.

Après avoir swigné la compagnie, un autre encore enchaînait avec la mystérieuse « Range ta catin pour passer l’agrément mman ».

Le mononcle d’origine ukrainienne partait « Oncle MacDonald had a farm » et tout le monde reprenait en choeur les cris des animaux de la ferme, au grand plaisir des trente petits-enfants dont Isis était l’aînée.

Quand les verres des mononcles commençaient à se vider, l’un d’eux chantait: « Boirons-nous toujours de l’eau/Sommes-nous des grenouilles » jusqu’à ce que quelqu’un propose une autre ronde de fort.

Quand les mononcles commençaient à être un peu saouls et avoir les mains un peu trop baladeuses dans les sets carrés, une des matantes se dégênait et se lançait dans « Mes souliers sont rouges, ma mignonne, ma mignonne, mes souliers sont rouges ma mignonne mes amours ».

Ce n’était pas long que la marraine d’Isis prenait le plancher à son tour et entonnait avec son mari une chanson comique qui s’ouvrait par ces mots:

—Dites-moi donc Mamzelle d’où venez-vous donc?

—Je viens de Sorel et vous mon garçon?

—Moi je viens de Trois-Pistoles pis je m’appelle…

Isis sourit en écrivant la fractale plus tard dans la nuit: ça rimait avec Trois-Pistoles, mais elle n’écrira certainement pas le nom du personnage de la chanson, après avoir respecté pendant plus de trois cents pages la contrainte onomastique qu’elle s’est donnée au cours de l’écriture de La rose des temps.

Elle a voulu rassembler dans ce livre les fragments éparpillés de son identité et ça lui a pris cinq ans avant de trouver le nom de la narratrice qui est passée du je à la troisième personne, s’est d’abord appelée Rrose, puis Lila, puis Rose avec un seul « r »et de nouveau Lilas, mais avec un « s », puis Lalila et de nouveau Lila avant de revenir à Rose en passant par Lilas-Rose et de se métamorphoser un moment en Iris.

Et puis un jour, intuition fulgurante: cette narratrice s’inscrivant dans une longue série de scribes s’appellerait Isis.

N’était-elle pas, en Égypte ancienne, celle qui incarnait le féminin sacré, le deuxième arcane majeur, celle qui gardait dans les plis de sa robe éthérique la mémoire des humanités précédentes, celle qui reconstituait le corps démembré de son époux éparpillé le long du Nil et le ressucitait ?

En vérifiant sur le blogue de son chantier d’écriture la date où elle avait utilisé pour la première fois son véritable nom, Isis constate que c’était le jour anniversaire de la naissance de sa grand-mère maternelle, celle à qui elle ressemblait, comme elle ressemblait à maman.

La première fois qu’il les avait vues ensemble toutes les trois, au Jour de l’An, quand il avait 20 ans et qu’Isis en avait 19, Trésor d’amour avait fondu en larmes, ému de pressentir le lien profond qui les unissait toutes les trois, rayon rose d’une constellation familiale dont elles étaient le coeur et dont elles assuraient la transmission.

Ce n’était qu’aux petites heures du matin que l’oncle le plus renfermé poussait sa chanson à répondre, vacillant, un verre de gin à la main, oubliant les paroles, faussant avec allégresse pendant que tout le monde reprenait le refrain:

L’Ancien et le Nouveau oooooo

C’était la chanson préférée d’Isis, elle l’attendait toute la nuit, exigeait qu’on la réveille pour cette chanson-là si elle s’était endormie dans les manteaux de fourrure des matantes: si seulement cet homme qui ne parlait jamais et qui était mort dans la solitude quelques années plus tôt, si seulement il avait su l’impact profond qu’avait eu sa chanson sur l’aînée de ses nièces, celle qui deviendrait écrivaine.

Et c’est sur ces mots qu’Isis met fin à ce roman, le deuxième jour du premier mois de l’An Deux du Nouveau Monde dont vous et moi, lecteurs, ne verront pas la splendeur, mais dont nous sommes d’ores et déjà les artisans.

Chantier d’écriture de ©La rose des temps

Chrysalide de silence

16 Déc

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La mort porte-t-elle des gants noirs? À travers le déluge des données hypnagogiques, l’algorithme du temps libère la pulsion invocante.

Une tempête de neige souffle sur Montréal encore plongée dans la nuit à quelques jours du solstice d’hiver. Des merkabas de lumière tournent tout autour de nos corps flottant entre les dimensions. La mort porte-t-elle des gants noirs? Je ne sais pas, mais elle est là: elle rôde, j’entends les os de son squelette cliqueter. C’est mon crâne. C’est moi la mort, c’est ça? Moi mortelle? Moi? Non! La  cage thoracique écrasée sous la pression des particules quantiques, une armoure m’enserre le dos dans un enchevêtrement de câbles et de fibres optiques qui me glacent jusqu’au sang. La matrice terrestre me tire vers elle de toute sa force de gravité et je me recroqueville dans la chrysalide de mon silence. Quand on pourra m’entendre, je parlerai. La mort porte des gants noirs, c’est vrai: ses mains osseuses autour de mon cou, elle m’empêche de dire ce que j’ai à dire. C’est pour ça que j’écris: parce que le courant passe par mes mains et que ça, elle n’y a pas accès.

La mort porte des gants noirs. Et moi, quand j’écris, c’est avec mes mains négatives que je pose sur la paroi du temps.

Chantier d’écriture de ©La rose des temps

Isis

14 Nov

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Se lever dans la nuit, allumer une chandelle. Combien de scribes ont répété ce geste à travers le temps, pour tenter de déchiffrer le côté hiéroglyphe de ce qu’on appelle le réel?

Elle imagine la théorie des scribes dans l’enchâssement du temps, penchés sur leur tablette, leur stylet à la main, concentrés.

Simultanément, ils tracent le hiéroglyphe représentant Isis, ce hiéroglyphe qu’elle sait encore tracer au XXI ième siècle. Tout l’arc-en-ciel des prénoms qu’a empruntés la narratrice depuis le début de l’écriture de cette histoire s’est peu à peu dissipé dans le vent et c’est le nom d’Isis qui s’impose rétrospectivement, soleil universel de ce roman.

Il suffira de quelques manoeuvres dans le traitement de texte pour placer Isis au centre de toutes les constellations de fractales qui tournent lentement dans son ciel mental tandis qu’elle transcrit ce qu’elle entend dans un carnet de notes commencé il y a cinq ans, retrouvant le plaisir de l’écriture manuscrite apprise dans l’enfance.

Elle a résisté à sa tablette électronique car il y a toujours quelqu’un qui veille à l’autre bout du monde et la tentation de poursuivre une conversation dans le cyberespace risquerait de la distraire de son travail de moine copiste enluminant un manuscrit vieux comme la nuit des temps.

Isis cherche à rassembler les fils d’or rose de ce roman en une torsade que la lecture permettrait de dénouer au rythme d’une respiration lente et profonde, clé de voûte du coeur d’une Dame au Grand Coeur prêtresse de la Lune qui, en s’élevant, pleine, dans la voûte céleste, dissipe les ombres, répandant le divin nectar de la paix.

Elle danse au centre mouvant de cette histoire et le bruit de ses pas dans le silence de la nuit nous guide, vous et moi lecteurs, vers le son du Soi, cette clé de vie de notre véritable identité.

La nuit de sa mort, ma mère m’a transmis le rayon rose de son nom de jeune fille et c’est ce son que j’entends résonner dans toute la rose des temps, celui de la Mère universelle au manteau d’étoiles. Celle-là même qui nous prend dans ses bras à l’heure de notre mort, comme elle accueille en ce moment les milliers d’êtres dont les âmes ont quitté cette Terre dans l’effroi, quand le plus grand typhon de tous les temps s’est déchaîné.

L’humble scribe que je suis est un attrapeur de rêves et j’entends, oui j’entends, à travers l’immense brouillard de sons venus de l’espace comme des profondeurs de la Terre, j’entends la musique de vos âmes, lectrices.

Maintenant que j’ai fini de raconter cette histoire dans le grand vortex du Temps, laissez-moi  vous raconter le début d’une grande histoire d’amour, si vous le voulez bien.

Il était une fois, neuf jeunes filles pétillantes de vie s’affairant à coudre des marguerites, des boutons d’or et des roses sauvages dans le tissu de leurs longues robes pour célébrer le solstice d’été au milieu d’une clairière ensoleillée…

39/99 Chantier d’écriture de ©La rose des temps

 

37/99 Chantier d’écriture

8 Oct


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Elle a rêvé à papa. Enfin, pas tout à fait. Comment dire? Elle a rêvé qu’elle se rendait au complexe funéraire pour voir s’il n’y aurait pas moyen de le reconstituer à partir de sa momie avant qu’elle ne soit incinérée. Quelque chose comme ça, mais c’était dans un monde où la technologie était plus avancée et où on pouvait recréer des corps holographiés à partir des cellules souches. Malheureusement, la dame du complexe funéraire lui apprenait qu’elle avait parlé à la jeune fille et que c’était la jeune fille qui avait décidé de l’inhumation. C’était l’étincelle de vérité qui l’avait éveillée: en effet, sa jumelle était déjà assise dans la salle où l’urne était exposée au moment où elle était elle-même arrivée pour les funérailles de papa. Elle n’avait plus repensé à ça; six mois s’étaient écoulés depuis.

L’inquiétante étrangeté du fait que la dame du complexe funéraire désignait sa jumelle comme une «jeune fille» la renvoyait à cette période de leur vie où sa jumelle avait fait une tentative de suicide, la veille du jour où Lilas lançait son livre La vie en prose. Elle n’avait d’ailleurs pas reconnu sa jumelle ce jour-là. Une femme souriante aux yeux bruns dilatés s’adressait à elle, mais elle ne savait pas qui c’était. Une de ses amies s’était rendue compte de ce qui se passait et avait dit: «C’est ta jumelle, tu ne la reconnais pas?» Elle avait répondu que non, elle ne la reconnaissait pas et avait alors demandé à sa jumelle: «Qu’est-ce que tu as? Tu n’as pas les mêmes yeux?» Sa jumelle avait alors répondu: «Ah, ça, c’est parce que j’ai fait une tentative de suicide hier et qu’ils m’ont fait un lavage d’estomac à l’hôpital.» Elle avait dit ça d’une manière triomphante, oui, triomphante. Elle aurait voulu faire exprès qu’elle n’aurait pas pu trouver mieux. Toute la joie de Lilas avait été sapée d’un seul coup et, pendant toute la fête, puis au restaurant ensuite, avec les amis et la famille, elle avait trop bu, dévorée par une anxiété sans fond dont elle ne comprenait pas alors la source.

Il y avait plusieurs autres chambres dans ce rêve, toutes reliées à cette sortie du labyrinthe qui l’avait fait émerger dans l’état de veille. Dans l’une d’entre elles, maman était très fâchée contre elle, au point qu’elle se brouillait avec sa mère comme elle s’était brouillée avec sa jumelle. Il y avait aussi une chambre dans laquelle elle s’apprêtait à dormir, une chambre avec une fenêtre bleue donnant sur une rue blanche et animée, à l’étranger. Mais quelqu’un était venu qui avait montré qu’on pouvait enlever très facilement la fenêtre qui n’était en fait qu’une boîte de plastique bleue insérée dans une ouverture. Elle avait compris qu’elle ne serait pas en sécurité. Dans une autre chambre du rêve, on était en plein air, sur une route d’Asie sur laquelle on roulait très vite, dans un taxi, si vite qu’ils avaient frappé deux passagères assises sur des strapontins derrière une jeep. Ce n’était pas sécurisant non plus.

En cherchant son téléphone pour noter son rêve, Lilas s’était rappelé les photos qu’elle avait prises la veille au vernissage de l’artiste des Jardins du Précambrien à la Grande Bibliothèque. Elle avait laissé le téléphone dans son sac et constatait qu’il lui faudrait écrire vite car il ne restait plus beaucoup d’autonomie avant la recharge. Elle avait quand même pris le temps de regarder les photos. Elle avait eu une épiphanie en voyant celle de la vitrine dans laquelle étaient exposés les quelques statuettes de Migrations qui avaient échappé à la grande immersion dans le fleuve faite par l’artiste plusieurs années plus tôt. Il avait perdu son père et son frère dans sa jeunesse: les deux hommes s’étaient noyés dans le fleuve. Dans son discours inaugural à cette exposition qu’il avait justement baptisée Fleuve, l’artiste avait expliqué que c’est autant ce drame familial que la grande noirceur qui régnait alors sur le Québec qui l’avait fait s’exiler au Mexique à 18 ans pour étudier les arts. En regardant les photos prises la veille avec son téléphone, une intuition fulgurante a alors frappée Lilas: les statuettes immergées de Migrations étaient des ouchbetis, ces troupes de figurines que les anciens Égyptiens déposaient dans les tombes des pharaons pour que ces serviteurs de terre cuite ou de bronze travaillent à la place du défunt dans les champs de l’autre monde. Tandis qu’elle écrit ceci, la sonnerie de la porte d’entrée retentit. Elle entend la voix de Trésor d’amour puis celle d’une femme qui dit: «Il y a la résurrection » vous savez.» Bon, du démarchage biblique…

Maman était fâchée contre elle parce qu’elle avait manqué de compassion envers sa jumelle. Dans la réalité, elle ne s’était jamais brouillée avec maman, sauf peut-être pendant la semaine suivant la publication de La vie en prose. Maman l’avait appelée en larmes pour lui dire qu’il y avait vraiment trop de détresse dans son livre. Mais Lilas était allée voir maman, elle lui avait fait comprendre que ce n’était pas sa faute tout ça, que c’était sa vie à elle et que ce n’était pas que triste, loin de là.

Et maintenant, cinq ans après la mort de maman, il lui faudrait peut-être se brouiller avec elle: Lilas avait décidé de déchirer les bandelettes qui l’emprisonnaient, la momifiant dans un rôle qui n’était pas le sien. Elle en avait assez de ne pas être pleinement elle-même pour ne pas froisser sa jumelle. Maman trouvait primordial qu’elle ne froisse pas sa jumelle. La paix familiale était à ce prix. Lilas avait sacrifié une part de sa vie à la paix familiale, mais c’était bel et bien fini. Elle allait passer à autre chose, apaiser les fantômes du passé et se libérer de ce sarcophage de souffrances débilitantes.

Chantier d’écriture de ©La rose des temps

 

36/99 Chantier d’écriture

6 Oct

Il est descendu dans la salle sur des longues cordes de lumière en compagnie d’une centaine de ses semblables.

Elle les a vus et elle l’a senti, lui, s’approcher d’elle dans son dos et placer ses mains sur son plexus solaire qui vibrait sous le tissu de cachemire et soie.

À la fin de la journée, elle a vu ses yeux dans un miroir de poche que le Guide des Égarés leur avait demandé d’apporter pour le rituel.

C’était une sorte de faune aux yeux en amande: son oeil gauche louchait un peu.

La prunelle était sombre, l’iris pers, opaque, se diluant dans un bleu-vert plus transparent.

Le blanc des yeux était humide et parsemé d’étoiles d’or.

35/99 Chantier d’écriture

18 Sep

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Trésor d’amour avait décrété ce matin-là que leur tour du monde commençait par leur excursion à Tremblant. Lila était ravie: il faisait un temps superbe, le ciel était parfaitement bleu, les arbres rutilaient, et, même au sommet de la montagne, le soleil était chaud. Ils avaient passé plusieurs heures dans les sentiers et au belvédère, se délectant d’un air si pur, qu’ils s’étaient sentis comme des outardes migratrices à contempler la ligne ondulante des Laurentides.

Chantier d’écriture de ©La rose des temps