30/99 Chantier d’écriture

4 Sep

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La tour de chevaux bleus de Franz Marc, 1913

Elle s’empare de sa tablette électronique et note les phrases qui déboulent l’une après l’autre sous ses doigts dansant sur le clavier tactile.

Au moment où Lila connecte avec les voyageurs, ils s’envolent à tour de rôle vers la voûte étoilée au-dessus du campement de yourtes de la vallée de la rivière Ongi.

Tandis que les voyageurs parcourent les galaxies et les nébuleuses, elle revit les derniers jours de la vie de papa.

Elle écoute une musique qu’elle lui faisait écouter vers la fin, une musique sur laquelle il a donné son dernier coup d’aile avant de s’envoler vers le Grand Inconnu.

Plus tard, tandis qu’elle enchaîne les cinq exercices tibétains sur la mousse derrière le chalet, Lila reçoit une avalanche d’archives akashiques.

Tout en continuant la série d’étirements, elle a l’intuition fulgurante de  ce qui a inspiré un des peintres du Cavalier bleu du début du XXe siècle, et enchâssée, sa fascination pour le cavalier mongol, qu’elle revoit, encore une fois, au galop dans une époque beaucoup plus reculée.

Elle comprend que c’est la figure de l’enchâssement qui revient, cette figure autour de laquelle s’organise peu à peu sa «Rose des temps» comme elle avait orienté sa «Vie en prose», trois décennies plus tôt.

Lila dessine dans son grand cahier de notes ces boîtes en perspective que papa lui avait appris à dessiner quand elle était enfant et qui ont par la suite enluminé ses notes de cours.

«Un fermier dans son champ, un fermier dans son champ, et, au bord de l’eau, un fermier dans son champ…»

Toute la chanson procède à la manière des poupées russes: le fermier prend sa femme, laquelle prend son enfant qui prend son chat, le chat prend la souris, la souris prend le fromage»: elle avait toujours adoré cette chanson..

Pendant ce temps, dans le désert de Gobi, les voyageurs sont réunis autour du Guide des Égarés qui, toute la journée,  leur parle des dix mille moines qui vivaient autrefois dans ce monastère bouddhiste d’Ongiin Khiid fondé en 1660 et détruit en 1939 par le Parti communiste mongol.

Lila perçoit la présence de la femme du Berri, du pays natal de la romancière du XIXe siècle qui avait si bien décrit les chemins creux de cette région de la campagne française: c’était cette femme du Berri qui, en Égypte deux ans plus tôt,  avait utilisé. un instrument invisible pour la soulager de la douleur résiduelle, après qu’un médecin du ciel ait pratiqué une chirurgie éthérique de son genou.

Elle saisit tout à coup que cette femme n’est pas physiquement du voyage au désert de Gobi: comme Lila, elle se projette là où se trouvent les voyageurs et leurs esprits se croisent, par-delà là les continents et les  océans.

Chantier d’écriture de ©La rose des temps

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