29/99 Chantier d’écriture

3 Sep

ImageFalaises de Bayanzag (Mongolie) Photo: einalem 

 Il l’avait rassurée, disant que dans la mesure où elle poursuivait ses recherches stylistiques et formelles, elle pouvait aller aussi loin qu’elle le souhaitait dans l’évocation des autres dimensions auxquelles elle avait accès, que ça passerait.

Lila avait médité vers sept heures du soir, juste après le souper, ce qu’elle faisait rarement.

Il était sept heures du matin en Mongolie et elle a rapidement aperçu le va et vient dans la yourte de restauration où les voyageurs étaient en train de prendre leur petit-déjeuner.

Elle voyait l’amie blonde rire et parler avec tout le monde en choisissant les mets qu’elle mettait dans son assiette, comme elle l’avait vu faire en Égypte, toujours pétillante de joie.

La jeune femme plaçait ensuite ses mains tendues au-dessus de sa nourriture pour la bénir, se recueillant un bref instant, les yeux clos pour ensuite entamer son assiette avec appétit, le regard brillant, savourant chaque bouchée, mettant sa main devant sa bouche pour rire à gorge déployée de ce que venait de dire son voisin.

Puis elle s’arrêtait soudain et, consciente de la présence subtile de Lila, lui souriait à travers le vortex de l’espace-temps.

N’était-elle pas le contact pour «le souffle de vie» dans le réseau télépathique que Lila avait fondé il y a des décennies et qu’elle avait réactivé quelques semaines plus tôt après treize années de dormance?

Un peu plus loin, le messager déjeunait avec son équipe en discutant des derniers détails de leur périple du jour, en jeep, vers les falaises de grès rougeoyantes de Bayanzag, là où des paléontologues avaient découvert des squelettes et des oeufs de dinosaure.

Après cette vision fugitive des voyageurs, Lila poursuit sa méditation et cogne des clous à quelques reprises: un orage qui passe la réveille en sursaut, la pluie tombe bruyamment.

Tout est silencieux dans le chalet plongé dans le noir où brillent seulement deux lampions qu’elle a allumés sur le manteau de la cheminée.

Trésor d’amour s’est réfugié sous la couette pour reprendre la lecture de la brique récente de ce romancier français, fou du 18e siècle, dont le style brillant et léger lui plaît particulièrement.

Lila émerge de sa méditation au bout de quarante-cinq minutes, quand elle s’aperçoit qu’elle est en train d’écrire mentalement sa fractale.

Elle s’empare de sa tablette électronique et note les phrases qui déboulent l’une après l’autre sous ses doigts dansant sur le clavier tactile.

Chantier d’écriture de ©La rose des temps

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