27/99 Chantier d’écriture

1 Sep

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Champ de glace de Yoli Am (Mongolie) photo: Adagio

Lila s’était dit que le voisin était bien privilégié d’avoir ces merveilleux enfants cristal dans sa vie.

Dans la sienne, il y en avait deux: la bambine de deux ans de la fille de son frère le plus jeune, et le bébé de dix mois de la fille de son frère le plus vieux.

Cette petite-nièce et ce petit-neveu de cristal  étaient ce qu’il y avait de plus précieux dans sa constellation familiale dont les grands-parents, puis les parents, étaient maintenant passés derrière les portes blindées de la mort.

Elle avait partagé avec son frère le plus vieux cette intéressante vidéo d’une conférence TED dans laquelle un chercheur du MIT explique que l‘homo sapiens a côtoyé pendant quelques centaines d’années l’homme du néandertal  avant qu’il ne disparaisse au profit de cette espèce mutante dont nous sommes maintenant les représentants.

Son hypothèse était que l’espèce humaine était déjà en train de muter en une espèce  nouvelle, dont le cerveau, le corps et les glandes se modifieront au cours des quelque deux cents prochaines années afin de permettre à cette nouvelle espèce humaine d’entrer en contact avec les intelligences extérieures à notre monde et de voyager à travers le cosmos.

Ce chercheur ne s’embarrassait pas de la terminologie Nouvel Âge qui parlait de l’arrivée sur Terre, depuis quelques décennies, de vagues d’enfants indigo et d’enfants cristal, mais il parlait du même phénomène.

Lila avait tout de suite reconnu les enfants indigos, ces guerriers de lumière qui veulent changer le monde dans la belle jeunesse rouge du printemps érable.

C’était le Guide des Égarés qui lui avait fait comprendre qu’elle était elle-même de la première vague d’enfants indigos arrivée tout de suite après la Deuxième Guerre Mondiale.

Maman avait toujours su que Lila voyait au-delà des apparences et c’est sans doute pour ça que la claireaudiente qu’elle était elle-même lui avait offert, le jour de ses onze ans, un carnet pour «écrire tous ses secrets».

Maman lui avait aussi transmis sa propre peur devant ses pouvoirs extrasensoriels, mais Lila comprenait désormais qu’il était temps d’assumer son identité dans toutes les dimensions de son être et de dépasser les frontières qu’elle s’était elle-même créées, pendant que les voyageurs au désert de Gobi apprenaient à franchir les limites de leurs perceptions en arpentant la vallée de Gurvan Saikhan et en s’aventurant près du champ de glace du canyon de Yolin Am.

La peur d’être exclue à cause de sa différence s’amenuisait au fil des années: Lila pensa à ce petit garçon de quatre ans croisé à la piscine quelques semaines plus tôt.

Un long corps mince et blanc, une voix surexcitée, le petit hyperactif parlait à tout le monde, et barbotait avec énergie en jouant avec son père tandis que la mère racontait  à Lila qui s’émerveillait de l’enfant, que leur petit dernier ne dormait pas la nuit, qu’il n’avait jamais dormi la nuit, et qu’ils devaient lui faire prendre des tisanes calmantes pour qu’il s’assoupisse, afin de les laisser dormir, eux.

Lila songea aux voyageurs exténués après sept heures de piste, qui s’apprêtaient à dormir dans une yourte au beau milieu du désert le plus sauvage de la planète, loin de toute pollution, loin des ondes Wi-Fi et des lumières des villes, dans la paix profonde d’une nuit étoilée.

Chantier d’écriture de ©La rose des temps

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