24/99 Chantier d’écriture

29 Août

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La joie de conduire sa propre vie, oui, c’était bel et bien ce qu’elle éprouvait: de retour à Sainte-Agathe, elle avait voulu prendre une photo du Lac des Sables et avait été surprise par une pluie soudaine.

S’abritant sous un auvent du parc, elle avait fraternisé  avec une famille trempée jusqu’aux os.

Une petite fille tremblante était enveloppée dans un châle noir qui lui donnait un air funèbre, un jeune homme qui n’avait pas l’air d’être le père buvait une bière tout en lançant une balle à son chien mouillé qui la pourchassait jusque dans les massifs de fleurs avec un enthousiasme débordant, le grand-père observait les nuages sombres se déployant au-dessus du lac, la mère fumait une cigarette.

Le jeune homme qui lui avait souhaité la bienvenue quand elle avait couru jusqu’à l’auvent expliquait maintenant que sa chienne adorait jouer: effectivement l’animal venait de déposer aux pieds de Lila la balle de tennis qu’elle rapportait et la regardait avec des yeux suppliants.

Lila avait bien voulu donner un coup de pied à la balle, mais n’avait pas réussi à la botter assez loin au goût du chien et de son maître qui avait repris la balle pour la lancer de toutes ses forces en l’encourageant de la voix.

Lila s’était étonnée que l’animal porte le nom de sa jumelle,mais elle avait mal entendu, il l’avait corrigée en souriant.

Elle portait bien un prénom humain, mais ce n’était pas celui-là.

Tandis que les voyageurs bivouaquaient dans des tentes au coeur de la nuit froide du désert de Gobi, après avoir roulé des heures sur une piste de la steppe rouge et que le Guide des Égarés les entretenait sans doute du thème de la dissolution des frontières entre les mondes, Lila songeait à la dissolution de ses propres frontiéres intérieures.

Sa jumelle ne lui avait pas téléphoné pour leur anniversaire de naissance, pas plus qu’elle ne l’avait fait elle-même.

Ses frères avaient téléphoné à Lila à tour de rôle pour lui transmettre leurs voeux, parlant de leurs propres constellations familiales, évitant de mentionner sa jumelle car ils savaient tous les deux que ça la faisait pleurer.

Trésor d’amour avait débouché une bouteille de champagne pour l’apéro et ils s’étaient amusés à regarder danser les dis-sept Sims de Lila réunis autour d’une piscine virtuelle pour une garden-party de maison de poupées; depuis que, grâce à la chercheuse en génétique textuelle, elle avait découvert ce jeu dont les algorithmes simplissimes la ravissaient, Lila s’amusait à  baptiser ses Sims des noms de ses personnages de roman, leurs chats des noms de ses chats, et leurs chiens du nom des chiens qu’elle avait connus.

Plus tard, au restaurant, tandis que Trésor d’amour lui parlait d’un article qu’il venait de lire,  Lila avait aperçu deux portes violettes ouvrant sur d’autres dimensions,  mais l’image avait été si fugitive qu’elle n’avait pas poussé les portes.

Elle y avait repensé tandis qu’ils renversaient la tête pour contempler les étoiles en rentrant à pied: la nuit était étonnamment douce pour Val David en cette fin du mois d’août.

Chantier d’écriture de ©La rose des temps

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