21/99 Chantier d’écriture

26 Août

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Om Mane Padme Hum. Les voyageurs, après un long trajet à bord du Transmongolien, s’installent pour la nuit dans un campement de yourtes aux portes du désert. Le ciel très noir est constellé d’étoiles. Tour à tour, ils s’envolent vers leur parcours nocturne dans les constellations lointaines, bercés par le souvenir du roulement du train. Lila, elle,  commence sa journée en lisant l’histoire de ce lama poète de la région de Sainshand dont les manuscrits ont été cachés par un des ses disciples dans les montagnes à l’époque du régime communiste. Héritage transmis au fil des générations, une partie des cartons a été retrouvée dans les années 90 tandis qu’une autre partie a été exhumée en direct dans un événement diffusé sur Internet à la fin des années 2000. Une archive numérique de quelque 44, 000 documents a aussi été créée grâce aux subsides du Bristish Museum, mais le projet n’a pu être complété car certains  cartons ont été égarés. En torsade avec cette histoire de manuscrits perdus, Lila ajoute ce que sa marraine lui a raconté la veille: non seulement elle connaissait l’histoire du coffret transmis par grand-maman à maman puis à Lila, elle se rappelait aussi que ce coffret avait toujours été sur le bureau dans la chambre de grand-maman et que celle-ci racontait que c’était un coffret trouvé à la suite du naufrage du Titanic au large de Terre-Neuve. Aurait-il appartenu à une des survivantes, aurait-il été transporté par les courants marins jusqu’au port de Montréal où l’arrière-arrière-arrière grand-mère de Lila l’aurait retrouvé? Sa douce marraine n’en savait rien et se demandait, elle aussi, pourquoi grand-maman ne l’avait pas pas mentionné dans sa lettre de transmission. Elles avaient passé le reste de l’après-midi devant le feu de cheminée à regarder de vieux albums de photos en noir et blanc. Sa marraine, qui avait été religieuse pendant une vingtaine d’années avant d’épouser un ancien frère enseignant, ne reconnaissait pas toujours les cousins et cousines de l’âge de Lila car elle ne les avait pas vu grandir. Par contre, elle pouvait identifier plusieurs grand-oncles et grand-tantes que Lila avait complètement oubliés ou qu’elle n’avait jamais rencontrés. Sa marraine ressemblait maintenant tellement à maman que Lila avait eu le coeur gros de la voir repartir. Cette nuit-là, elle avait rêvé de son grand-père mort à 35 ans. Elle avait toujours cru que c’était d’une pneumonie. Elle venait d’apprendre qu’il avait la tuberculose. Il avait laissé grand-maman avec neuf enfants et un dixième en route en lui faisant promettre, sur son lit de mort, de faire éduquer tous ceux et celles qui en auraient la capacité. Tissant en torsade les fils d’or rose, de soie brute et de vif-argent de son roman sur le Temps, Lila constate que son travail de passementerie fait le pont entre des mondes bien différents.

Chantier d’écriture de ©La rose des temps

 

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