92/99 Le Chien d’Or

18 Juil

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Comment ce grand diable d’énergéticien a-t-il bien pu lire dans l’âme de la petite fille du dix-huitième siècle au point de détecter avec sa machine de biofeedback la sensation d’impasse dans laquelle Lila se trouve encore parfois?

Depuis trois semaines maintenant, tous les matins en faisant ses ancrages, elle pense avec compassion à ce personnage de sa bibliothèque akashique personnel avec lequel elle vit depuis maintenant trente ans, mais qui était resté en latence pendant de nombreuses années, belle au bois dormant.

Le personnage avait surgi pour la première fois au moment des fouilles archéologiques au poste de pompier du Vieux-Montréal où avaient été conservées les quelques archives échappées de l’incendie du parlement alors situé à Montréal et que sa jumelle l’avait invitée à consulter sur le site sur lequel elle travaillait.

Après la visite du site de fouilles, elle l’avait emmenée dans la roulotte où étaient entreposées les archives, sachant à quel point les rapports de fouille enthousiasmaient Lila comme aux Forges de Saint-Maurice: «nous avons trouvé dans cette rangée, des tessons de verre, deux pointes de flèche et des fragments de porcelaine bleue», ce qui sonnait comme un véritable poème à ses oreilles!

Le souvenir visuel du registre de la paroisse de Saint-Michel-de-Bellechasse était resté intact après toutes ces années: la graphie du curé de campagne qui avait rempli le certificat de baptême de celle qu’elle avait été au dix-huitième siècle et le nom, surtout le nom de cette femme pourtant analphabète, mais c’est la vibration sonore de ce nom qu’elle se rappelle avoir prononcé à haute voix en présence de sa jumelle, c’est le nom qui a ouvert les annales akashiques à cette page pour Lila qui fréquentait déjà la bibliothèque éthérique depuis quelques années, à son grand désarroi d’ailleurs, car sa vision se troublait souvent quand elle voyait comme des décors de théâtre se superposer sur les scènes de sa vie quotidienne.

Lila connaissait aussi des éléments de la vie parallèle de l’écrivain allemand du même siècle et savait maintenant que l’être destiné à être le fils de cette pauvre femme née un an avant la Conquête était aussi destiné à devenir la femme de cet écrivain né dix ans plus tôt dans le siècle.

Sa jumelle était alors le père odieux de cette petite fille du dix-huitième siècle, un vieil homme amer qui avait abusé d’elle pendant des années avant de la chasser de la maison familiale à quatorze ans, alors qu’elle venait d’accoucher d’un enfant que le vieil homme lui avait arraché à la naissance pour en faire le fils qu’il avait toujours souhaité.

Je suis un chien qui rongelo

en le rongeant je prend mon repos

un tems viendra qui n’est pas venu

que je morderay qui maura mordu

L’or rose de l’inscription sur la façade du cabaret du Chien d’Or où avait travaillé cette femme, inscription qui existait encore il y a quelques années sur un mur du Vieux-Québec—Lila l’avait vue de ses yeux—tremble encore dans son corps de souffrances, mais elle se répète chaque jour maintenant que ce n’est pas elle qui tremble, que c’est seulement le personnage et qu’elle, Dame au Grand Coeur, jamais ne saurait cultiver un tel ressentiment…

©99fractales pour La rose des temps (roman)

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