Archive | juillet, 2013

Lecture de poésie 3 août

30 Juil

Le volet multidisciplinaire
du Symposium international d’art-nature
aux Jardins du précambrien

Les Jardins du précambrien poursuivent le nouveau projet intitulé LA SONORITÉ DES MOTS.

ART & LITTÉRATURE

Yolande  Villemaire
Samedi 3 août
À 13h30

Yolande  Villemaire

Le projet: La Sonorité des mots

Le projet consiste à souligner la mémoire des lieux et des œuvres des créateurs invités.

Énonçant l’importance de la langue française, ce projet innovateur dans les Jardins du précambrien permet de nommer, par des mots justes de notre langue française, la poésie, le théâtre, la littérature et la littérature jeunesse.

LA SONORITÉ DES MOTS est aussi une œuvre collective, une installation dʼart-nature en porcelaine dans laquelle le public pourra graver les plus beaux mots que lui aura inspiré son parcours artistique dans les Jardins du précambrien et qui constituera un trajet de mots tout au long du sentier de la sonorité.

INVITÉS : 

10 août 2013  Gilles Tibo  ART & LITTÉRATURE JEUNESSE

RETOUR SUR LES ŒUVRES DU SYMPOSIUM 2013

  
Crédit photo: Lucien Lisabelle                              Crédit photo: Michel  Dubreuil

SHERRI HAY des États-Unis
Titre de l’œuvre : « Des millions de feuilles »

Sentier des chevreuils

1301, montée Gagnon, Val-David • 819 322-7167 / 1 877 858-1222
www.jardinsduprecambrien.com • info@fondationderouin.com
Publicités

99/99 Le jour hors du temps

25 Juil

mont Condor

La chercheure en génétique textuelle lui écrit qu’elle vient d’arriver à Montréal pour se pencher sur les manuscrits d’un roman que Lila a écrit il y a près de vingt-cinq ans, manuscrits qui sont maintenants déposés au Centre d’archives de la Grande Bibliothèque.

Elle vit depuis plusieurs années à Paris où elle travaille sur les manuscrits d’ À la recherche du temps perdu et sur ceux de l’oulipien qui a fait disparaître la lettre e et qui a écrit La vie mode d’emploi dont le cahier de charges avait fasciné Lila au Salon du Livre de Bordeaux.

La chercheure se dirige ensuite vers New York pour travailler sur le rouleau original de Sur la route: il n’y a pas à dire, Lila se sent en excellente compagnie!

Elle s’émerveille du fait que la chercheure lui écrive justement le jour hors du temps du calendrier maya, alors qu’elle écrit aujourd’hui la 99° fractale des 99 fractales commencées il y a 99 jours pour son roman sur le Temps.

L’ami cabaliste de la chercheure  qui a créé un gématron en ligne y verra sans doute lui aussi un signe…

Le  gématron sera très utile à Lila pour changer de nouveau le nom de la protagoniste nom qui, encore une fois, ne lui semble plus tout à fait juste.

Dans l’or rose de son trouble onomastique, (peut-être même identitaire?), Lila se demande comment elle pourra traduire tous ces changements de nom dans la version finale, une fois qu’elle aura passé tout le manuscrit à la fonction chercher/remplacer.

Il lui faudrait peut-être garder la mémoire des différentes versions du nom utilisées d’une fractale à l’autre et concevoir un système de numérotation: la première fractale du livre, écrite il y a quatre ans, mettrait ainsi en scène Lila 1,( alors qu’elle portait pourtant un autre nom), les fractales reliées à la vie du 18° siècle concerneraient Lila 2, ensuite on aurait Lila 3, Lila 4 et 5 puis il y aurait retour à Lila 1 et puis encore à Lila 3: non, juste de l’écrire elle voit bien que non!

Il lui faudra peut-être supprimer les fractales hésitantes: mais pour l’instant, Lila, qui s’appelle bel et bien Lila, propose à Trésor d’amour, dont ce n’est pas le vrai nom, d’aller faire l’ascension du mont Condor en ce jour hors du temps, faute d’aller faire L’ascension du mont Ventoux comme dans son livre préféré, car «il est bien difficile pour un corps de s’élever en descendant».

©99fractales pour La rose des temps (roman)

98/99 Le géographe

24 Juil

Image

En parcourant les oeuvres mises en ligne par ses contacts sur le réseau ArtStack, Lila revoit ce tableau d’un maître ancien qu’elle a toujours particulièrement aimé: Le géographe.

La netteté de l’image sur sa tablette électronique est renversante.

Le compas à la main, le géographe lève les yeux vers la lumière qui pénètre dans son atelier par la fenêtre, songeant à on ne sait quel paradis terrestre.

Lila entretient depuis l’enfance une véritable passion pour les cartes géographiques dont elle a toute une collection.

Même depuis l’avènement d’applications électroniques aussi fabuleuses que Google Maps, Google Earth et Star Walk, elle garde une affection pour les cartes géographiques, particulièrement les très grandes cartes qu’elle doit étaler sur une table pour les lire, ce qui lui donne impression d’être dans la peau de ce géographe d’un autre siècle en train de cartographier un territoire inconnu.

Lila descend à la cave chercher dans un des grands bacs de plastique où elle range tout un bric à brac dont elle n’a pas vraiment besoin, l’immense carte topographique de la région achetée à l’épicerie du village il y a quelques années.

Elle s’installe dehors, sur la table de pique-nique, bien emmitouflée car, même si le soleil brille, il fait aussi froid qu’en automne.

Étalant la carte, Lila  plonge dans le réseau des lacs et des routes des Pays d’en Haut et se délecte de l’or rose des noms de lieux: Lac de l’Aigle, Lac des Mohawks, lac Violon, lac Noir, Lac Clair, Lac des Sables, Lac Manitou, Lac à la Truite, Chemin de la Rivière,  Chemin du Tour-du-Lac,  chemin de la Vallée Manitou, Petit Quatrième Rang, Saint-Faustin-Lac Carré, Sainte-Lucie des Laurentides, Sainte-Agathe-des-Monts, Val David, Val Morin. Sainte-Adèle, Saint-Sauveur.

Sa rêverie lui fait oublier le froid tandis qu’elle suit des doigts et des yeux des petits chemins qui se perdent dans le plastifié de la carte illuminée par le soleil couchant tandis qu’un minuscule insecte rose entreprend de faire le tour de sa tablette électronique, traversant tout à coup le clavier tactile jusqu’à ce que Lila le fasse grimper sur son petit doigt pour le souffler doucement sur la table où il poursuit son périple, géographe à l’échelle de son monde.

©99fractales pour La rose des temps (roman)

97/99 Le Livre des Portes

23 Juil

Image

Dans le premier tome d’une série romanesque se déroulant en Égypte  ancienne que lui a prêtée une amie, Lila apprend qu’il existe, dans le Livre des Portes un dieu de l’intuition fulgurante, quelle merveille!

Pilotant la barque solaire au cours des douze heures de son périple nocturne, la divinité portant sur la tête le hiéroglyphe de son nom semble naviguer avec le coeur.

Le chat du voisin dort sur la table en bois où Lila a déposé sa tablette électronique pour écrire une des dernières fractales de la série de 99 qui se terminera le jour hors du temps du calendrier maya, dans deux jours.

Elle plonge son regard dans les yeux d’or rose du félin sacré, guettant l’inspiration fulgurante qui lui permettrait d’entrevoir la plus juste façon d’organiser le manuscrit de son roman.

Une musique de violon s’élève tout à coup, provenant du chalet: c’est sans doute Trésor d’amour qui écoute sur son ordinateur une station de radio française qu’il aime particulièrement.

Le chat lève la tête, surpris, bâille, s’étire et, d’un bond gracieux, saute par terre pour s’éloigner à pas lents afin de poursuivre l’inspection de son immense territoire qui doit bien s’étendre jusqu’à la rivière, peut-être même jusqu’à l’Égypte ancienne…

Elle n’en est pas encore là, mais Lila commence à rêver de diagrammes et de mandalas, d’arborescences et de dodécaèdres.

Elle se demande si elle a téléchargé sur son nouveau portable le logiciel permettant de dessiner des cercles subdivisés dont elle a fait beaucoup usage au début de son chantier d’écriture.

L’intuition fulgurante n’est pas encore au rendez-vous, mais elle est à l’ėcoute: dans le moment, un avion de ligne passe au-dessus de Val David, dans un vacarme inhabituel, des autos vrombissent sur la route des vacances et un voisin joue allègrement de la scie électrique: comme le silence du mont Violet lui manque tout à coup!

©99fractales pour La rose des temps (roman)

96/99 La présence

22 Juil

Image

Le Guide des Égarés les conduit dans une longue méditation: ils sont assis en tailleur au sommet du mont Violet, dans ce lieu qu’il a appelé la double spirale énergétique, formée de cent huit pierres rapportées du Tibet.

Déposés au bout d’un chemin de pétales de roses, au coeur de la spirale connectée au centre de la Terre et de la voûte céleste, le feu, la terre, l’air et l’eau sont rassemblés dans des vases et dans des fioles.

Le soleil baigne la montagne, les oiseaux chantent haut dans les arbres tandis que le Guide des Égarés fait délicatement retentir un grand bol de cristal dont les notes accompagnent leur taux vibratoire qui s’élève à mesure que leur respiration s’approfondit.

Au moment où il les amène à se retrouver au coeur d’eux-mêmes pour rencontrer  leur maître intérieur, Lila voit les voiles de couleur qu’elle était en train de traverser s’ouvrir sur une présence bien réelle dans laquelle elle se reconnaît.

C’est une présence presque invisible, mais pas tout à fait: elle devine une forme allongée et fine, torsadée, presque liquide, translucide.

Elle sait bien que ce ne sont là que particules photolumineuses, mais Lila voit les arabesques dessinées par son imagination la transformer en une sylphe, une ondine, une dryade à l’épaisse tignasse végétale.

Quand il s’agit d’offrir quelque chose à cette deva gourou du maître en soi, un livre magique vu en rêve il y a très longtemps lui revient aussitôt: ancien, volumineux, sa couverture de cuir indigo est munie d’un fermoir d’argent.

 Au centre, un carré couleur vermeil ne porte ni titre ni nom d’auteur; Lila sait pourtant, que l’or rose qui scintille tout autour du grimoire ancien émane de ce roman qu’elle est en train d’écrire.

Et c’est là, au sommet du mont Violet alors qu’elle tend un livre onirique à la cellule maîtresse de son ADN ou quelque chose comme ça, que Lila comprend que c’est cette présence qui la guidera sur les sentiers de la réalité terrestre à laquelle elle a tenté d’échapper toute sa vie, préférant souvent l’illusion à la réalité, subjuguée par ses peurs et par ses blessures. 

 ©99fractales pour La rose des temps (roman)

 

95/99 Le secret du feu

21 Juil

Image

C’était la première fois que Lila dormait au mont Violet.

Elle avait loué une chambre chez la musicienne qui lui avait présenté sa filleule, une jeune fille d’à peine 20 ans qui revenait d’une excursion à cheval dans les steppes de Mongolie et rêvait de travailler pour Cavalia.

À la nuit tombante, Lila s’était mise au lit même si elle n’avait pas vraiment sommeil: son téléphone intelligent n’arrivait pas à se connecter à un réseau et elle avait envie de repenser à cette journée fabuleuse qu’elle venait de passer.

Le silence, impressionnant, étendait un voile de paix sur cette forêt profonde où circulaient les cerfs, les ours, les coyotes, les lièvres, les gnomes et les dévas de la nature.

Lila avait laissé à moitié ouverte la porte-patio, même si la nuit était fraîche et s’était blottie sous une chaude couette de soie, le visage baigné par les rayons de la lune presque pleine de juillet, cette lune de feu du maître en soi.

Le lendemain, au cercle de guérison elle avait senti laTerre trembler et compris qu’il était temps pour elle d’apprendre à maîtriser cet élément.

Le ciel était parfaitement bleu, les jeunes arbres déployaient leurs hautes frondaisons, les oiseaux chantaient, le son du bol de cristal résonnait profondément dans son coeur, un soleil scintillant réchauffait son visage souriant et, derrière ses yeux clos, les couleurs dansaient, vivantes, vibrantes, apaisantes.

À la fin de l’après-midi, le Guide des Égarés avait rencontré chacune des deux cents personnes, l’une après l’autre, leur appliquant de l’elixir de rose sur le troisième oeil et sur le coeur.

Dans l’or rose de son regard bienveillant, Lila avait reconnu le maître dont elle suivait les enseignements depuis des siècles et tandis qu’il prenait son visage entre ses mains pour lui parler, elle lisait dans ses yeux le secret du feu.

©99fractales pour La rose des temps (roman)

94/99 L’attrapeur-de-rêves

20 Juil

Image

Quand elle se réveille la nuit, Lila imagine un attrapeur-de-rêves virtuel tout près de son visage, qui filtre les impressions et lui permet de glisser de nouveau dans le sommeil, sans crainte de retrouver ce qui l’en a expulsée.

À l’aube ce matin-là, elle aperçoit, au-delà de l’attrapeur-de-rêves, le visage de ce chamane amérindien rencontré dans ses songes il y a très longtemps, si longtemps qu’elle l’avait oublié.

Aussitôt réapparaissent autour de lui, le quai de bois sur lequel il se tient, très droit, bras croisés sur sa poitrine, le lac, les grands sapins noirs se reflétant dans le miroir de l’eau.

Elle le voyait souvent dans ses rêves, cet Amérindien silencieux issu des profondeurs de sa mémoire ancestrale.

Maintenant que papa n’est plus de ce monde, elle perçoit encore plus clairement la filiation de l’homme-médecine à ses ancêtres paternels.

La mère de papa n’a jamais voulu en parler parce qu’elle avait honte d’être à moitié sauvagesse, mais le frère aîné de papa se rappelait être allé voir la parenté de sa mère en canot d’écorce dans la réserve.

Dans l’or rose de ses intuitions, Lila retrouve le fil qui la relie au territoire où elle est née.

Le roc précambrien, la pluie, le vent, l’orage, le parfum des épinettes: la lignée de nomades dont elle est issue rythme sa marche dans la forêt boréale.

Ce matin-là, dans la brume hypnagogique de sa rêverie, elle s’aperçoit tout à coup que son guide s’est transformé en lynx, bête puissante au pas élastique qui la précède sur un étroit sentier à flanc de montagne.

©99fractales pour La rose des temps (roman)