73/99 Une myriade de fils karmiques

29 Juin

Tapuscrit original de la nouvelle écrite en 1988 et lue  à Radio-Canada en 1989 par Dyne Mousso, dans une réalisation de Raymond Fafard

Lila s’éveille ce matin-là dans la peau de la petite fille du XVIIIe siècle.

En ouvrant les yeux, elle sait pourtant fort bien qu’elle vit maintenant au XXIe siècle, en l’an Un du Nouveau Monde dirait le Guide des Égarés.

Un élan de reconnaissance la soulève: ne lui avait-elle pas silencieusement demandé quelle était la source du conflit avec sa jumelle quelques semaines plus tôt, au cours d’une séance de questions et réponses alors qu’elle était assise dans la première rangée, juste en face du messager, ce qu’elle évite habituellement de peur de déranger sa transe avec son irritante petite toux?

Elle n’avait pas toussé cette fois-là et elle s’était sentie entendue quand le Guide des Égarés avait affirmé qu’il captait toutes leurs émanations et qu’il pouvait voir jusqu’aux blessures de leur enfance.

Lila avait su que le fil rouge de cette vie du XVIIIe siècle à Saint-Michel-de-Montmagny la conduisait directement à la source du conflit avec sa jumelle, mais c’est seulement dans ses sanglots éperdus pendant le soin énergétique qu’elle avait pris conscience de la nécessité de témoigner de la compassion envers cette petite née à une époque particulièrement éprouvante pour la conscience collective de la Nouvelle-France.

Il y avait bien sûr une myriade de fils karmiques qui la ligotaient à sa jumelle, effrayante créature au corps d’oiseau et à tête de femme d’une ancienne humanité: Lila se revoyait dans le temple d’Abu Simbel aux colonnes recouvertes de ces Bâ aux ailes indigo, tremblant de tout son corps, en proie à un immense chagrin.

Une multitude d’autres liens les unissaient à travers le temps, sa jumelle et elle, et la seule voie qui s’ouvrait à Lila pour se libérer de cette emprise était d’éprouver de la gratitude pour l’être de lumière qui s’était simultanément incarné dans le ventre de leur mère pour lui permettre de revivre ce conflit pour mieux le résoudre.

Lila s’était levée en catimini tôt ce matin-là, pour ne pas réveiller Trésor d’amour, et elle s’était installée dans son bureau pour lire cette nouvelle qu’elle avait écrite vingt-cinq ans plus tôt et qui avait été lue sur les ondes de Radio-Canada par une grande comédienne maintenant disparue.

Cette nouvelle intitulée Le Chien d’or, Lila l’avait retrouvée il y a longtemps et la traînait avec son manuscrit depuis des années,  mais n’en avait toujours lu que les premières pages; ce matin-là, dans l’or rose de sa compassion pour la petite fille qu’elle avait été dans cette autre vie, Lila avait lu jusqu’à la fin, éberluée de voir qu’elle savait déjà tout de la première partie de la vie de cette femme dont elle avait enfin retrouvé les pouvoirs de claireaudience développés lors de la deuxième partie de sa vie, à Tadoussac. 

©99fractales pour La rose des temps (roman)

 

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