52/99 Le nom des choses

8 Juin

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Lalila se réveille, prend sept gouttes de teinture-mère d’échinacée pour apaiser la petite toux sèche dont elle souffre depuis quelque temps et, attrapant son téléphone intelligent branché dans son bureau, constate l’heure: 04:44.

C’est irrésistible: ces chiffres l’interpellent, comme toutes les séries de nombres identiques et quelque obscur mathématicien de son passé s’empare d’elle qui veut rêver les nombres, clés des mystéres les plus profonds.

Comme il fait trop froid dans son bureau, elle se réfugie dans son lit avec son téléphone intelligent en se disant que ce n’est pas très intelligent de soumettre son corps aux ondes qu’il émet.

Un oiseau de l’aube chante un air particulièrement beau, trilles délicates bientôt accompagnées par un chant plus monotone et des dialogues dont le rythme lui fait presque fermer les yeux.

Elle réduit au minimum la luminosité de l’appareil pour
mieux se concentrer sur le concert des oiseaux, oubliant le courriel qu’elle avait d’abord eu la vague intention d’écrire.

C’est à elle-même en fait, qu’elle voudrait s’adresser, au maître de lumière en elle en train d’émerger dans un Nouveau Monde naissant comme cette nouvelle journée de sa vie célébrée par un choeur d’oiseaux dont elle ne sait pas reconnaître le chant.

Elle ne peut identifier que quelques espèces: les geais bleus, les cardinaux, les merles d’Amérique, les moineaux, quelques rares carouges et, à part les geais bleus aux cris grinçants, elle serait bien en peine de dire à quoi ressemble leur chant.

À l’idée de passer le reste de ses jours sur Terre à apprendre le nom des choses, elle pense tout à coup à cet auteur allemand, officier SS en poste à Paris pendant la guerre, qui décrit avec amour et minutie l’ombre des marronniers ou les fleurs violettes au parfum de vanille du pawlonia, toutes ces beautés d’un monde qu’il savait pourtant, en son âme et conscience, plongé dans l’horreur.

Pendant que la Turquie fait de l’humour et crée le néologisme anglais chapulling pour dire manifester, riant au nez de leur premier ministre condescendant qui les a traités de maraudeurs ( çapulcu, prononcé « cha-poul-djou » en turc), Lalila se délecte du bruit de la pluie qui commence à tomber, rideau d’or rose strié par moments du chant isolé de quelques oiseaux.

©99fractales pour La rose des temps (roman)

 

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