45/99 Lalila

1 Juin

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Elles se connaissent depuis l’âge de dix-sept ans, mais au cours des dernières décennies, chacune happée par sa vie professionnelle, elle se sont tout au plus croisées, comme des étoiles filantes.

Lalila garde de son homonyme Lalila, un souvenir parfumé à la cire d’abeilles: elles avaient travaillé toute la nuit au Bell Téléphone comme on disait dans ce temps-là et étaient rentrées à Ahuntsic en métro.

C’était le matin de Noël: Lalila avait invité Lalila à venir prendre le petit-déjeuner chez elle, dans la belle maison patrimoniale du boulevard Gouin qui appartenait alors à un peintre signataire du manifeste Prisme d’Yeux, le père de l’ami de coeur de Lalila.

Elles avaient pelé des mandarines et c’est cette odeur de mandarines et de cire d’abeilles un matin de Noël qui traverse l’or rose du temps dès que Lalila entend parler de son amie Lalila.

Elles se retrouvent enfin pour luncher ensemble un brûlant jour de mai et découvrent que leurs vies parallèles se recoupent étrangement.

Lalila lui raconte cette histoire fabuleuse: alors qu’elle voyageait seule sur les routes de l’Inde vers l’âge de vingt-cinq ans, elle s’était retrouvée un jour sur le parvis d’un temple de Madras et une inconnue était venue lui mettre un bébé dans les bras, avec de grands gestes et un flot ininterrompu de paroles incompréhensibles.

Déconcertée, Lalila avait pris soin du bébé, assise sur un banc à l’ombre, lui donnant des morceaux de fruit, le berçant, en se demandant avec inquiétude si la femme avait l’intention de revenir ou si elle avait tout bonnement décidé d’abandonner son enfant à une étrangère.

Elle en était à se demander comment obtenir des instances gouvernementales la permission d’adopter l’enfant légalement quand la mère était revenue vers la fin de l’après-midi.

Lalila pense à sa propre filleule indienne, adoptée par une amie américaine qui avait su par l’orphelinat que la petite avait été abandonnée dans un couffin de paille à un poste de police et la similitude du destin de ces bébés indiens la trouble profondément.

©99fractales pour La rose des temps (roman)

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