35/99 Une maison jaune

22 Mai

Image

En rangeant les papiers de papa, Lalila tombe sur un livre publié à l’occasion du 150e anniversaire de la fondation du village de son enfance.

Elle y apprend que son arrière-arrière-grand-père maternel en était le fondateur, reconnaît la maison ancestrale de son grand-oncle où elle allait en visite avec maman.

Un curé du village, au XIXe siècle, précise, et ça la fait sourire: «On a deux Curés, deux Notaires, deux magasins qui vendent le dimanche plus que la semaine et 6 ivrognes..»

Sur une des nombreuses photos de mariage, elle reconnaît ce cousin de la famille de son père avec qui elle sautait dans le foin du haut de la grange dans des grands cris de joie.

Il habite toujours leur village natal comme il le lui a appris aux funérailles de papa: il était exactement comme quand il avait huit ans, les yeux brillants d’espièglerie.

Dans l’or rose de sa mémoire, Lalila retrouve les effluves du passé: l’odeur du pain qu’elle allait chercher au village, celle des roses blanches sauvages qui poussaient à côté de la maison de grand-maman, l’odeur de camphre des scapulaires.

Quelques pages plus loin,  elle reconnaît ses arrière-grands-parents maternels et, sur une photo de famille, sa grand-mère jeune fille et sa grand-tante qui allait entrer chez les Clarisses à 19 ans.

Maman n’est plus là pour raconter, grand-maman non plus, mais Lalila croit entendre leurs voix qui commentent les photos comme lorsque, adolescente, elle posait mille questions sur la vie dans ce temps-là.

La page concernant la famille du grand-oncle qui avait repris la ferme ancestrale la sidère; voilà pourquoi ce nom qu’elle lit noir sur blanc la fascinant tant, enfant; c’était celui de la mère adoptive de sa grand-tante; elle était mercière et habitait une maison jaune où maman s’arrêtait pour dire bonjour quand elle se rendait chez sa grand-mère qui vivait dans le salon double de cette maison presque oubliée et ressuscitée dans une photo aérienne en noir et blanc où elle revoit tout: l’emplacement de la grange, le bas-côté, l’enclos où on gardait les cochons, ses cousines en robes d’été, l’herbe très verte dans la lumière rasante d’une fin d’après-midi d’été.

©99fractales pour La rose des temps (roman)

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :