18/99 À mon seul désir

5 Mai

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Tout ce dont Lalila se rappelle de son arrière-grand-mère, c’est que la vieille dame maigre en chaise roulante la regardait d’un oeil sombre quand maman l’emmenait en visite dans son pousse-pousse et qu’elle tentait d’attraper les jolis bibelots avec ses menottes dès qu’elles avaient franchi les portes vitrées du salon double qu’elle occupait dans la maison familiale en pierre des champs construite à Saint-Augustin par un ancêtre patriote.

Tandis que j’écris ceci, ce qu’on appelait quand j’étais petite «un mariage d’oiseaux» passe dans le ciel parfaitement bleu, attirant mon attention par des cacardements.

Les bernaches reviennent, c’est le printemps et il fait déjà beau comme en été!

La distance que j’essaie de garder avec mon personnage s’amenuise: Lalila est née dans ce petit village près de Montréal qui fait maintenant partie de la grande banlieue alors que je vogue, hors du Temps, dans des mondes parallèles.

La magie du coffret opère déjà: peut-être devrais-je parler d’une cassette comme dans les tapisseries de la Dame à la Licorne, comme la cassette de la sixième et dernière tenture, celle sur laquelle on peut lire: «À mon seul désir» ?

La romancière a vu de l’or rose là où c’est probablement du bronze recouvert d’une peinture au sapolin imitant le précieux métal, mais on dirait bien des pattes de lion; et le sphinx, comme on le sait, a un corps de lion.

Le père de Lalila, qui était  menuisier, aurait pu lui dire l’essence du bois et aurait tout de suite remarqué que c’est en réalité du bois peint rose brique; mais  papa n’est plus là, elle ne saura pas de quel bois il s’agit.

En examinant l’objet de plus près, elle constate qu’il y a une serrure à ce coffret (c’est le mot qu’utilise sa grand-mère, apparemment première de la lignée à transmettre l’histoire par l’écrit); une serrure, mais pas de clé et rien de précieux à l’intérieur sinon cette lettre, une généalogie de l’arrière-arrière-arrière grand-mère qui a trouvé l’objet et dont les racines remontent jusqu’au 17e siècle dans le Poitou.

Il y a aussi une liste de sépultures où elle reconnaît les noms de certains villageois de son enfance,  dont celui de sa grand-mère maternelle décédée un 20 juin il y a une trentaine d’années, l’âge actuel de sa nièce à qui elle léguera le coffret et dont elle garde l’image d’une bambine jetant une rose dans la fosse où on s’apprêtait à descendre le cercueil de son arrière-grand-mère par une belle journée ensoleillée de Saint-Jean-Baptiste.

©99fractales pour La rose des temps (roman)

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