Archive | mai, 2013

44/99 Au Bilboquet

31 Mai

Après la séance de Biodanza, le couple de passeurs d’âmes lance l’invitation à tout le monde: il fait chaud, on se retrouve au Bilboquet pour un cornet de crème glacée!

Lalila s’est jointe au groupe en octobre, on est fin mai: elle danse avec eux un soir par semaine, toutes les semaines depuis des mois et pourtant elle sait très peu de chose sur les autres danseurs.

Biodanza se déroule en silence: seule la facilitatrice qui explique les séquences n’y est pas tenue.

Il y a bien un cercle de parole avant de commencer la séance, où chacun raconte l’expérience vécue au cours de la vivencia précédente, mais l’essentiel de leurs contacts passe par le non-verbal.

Sept d’entre eux se retrouvent sur la terrasse de la rue Bernard, commandent des glaces au chocolat, à la pistache ou au caramel et c’est une explosion de mots, un feu roulant, c’en est étourdissant!

L’une explique la puce en polymère sur son téléphone intelligent qui absorbe les ondes magnétiques toxiques et renvoie des ondes incohérentes comme la vie et, par conséquent plus saines.

Les autres écoutent bouche bée la passionaria et manifestent le désir de se munir qui de la puce plate qu’on colle sur son téléphone, qui du pendentif protecteur, qui de l’eau activée comme celle que boivent les astronautes.

La petite blonde qui suit aussi les enseignements du Guide des Égarés raconte aux autres le dernier voyage initiatique à Tadoussac, les méditations au pied des dunes, des heures et des heures au grand air, le rorqual qui avait accompagné leur bateau pendant toute la croisière aux baleines.

Lalila, elle, parle du bonheur des entretiens du soir en haut des dunes, étendus dans le sable, enveloppés dans des couvertures: ah! voir la nuit tomber, les étoiles s’allumer une à une et le vertige de se perdre dans l’or rose des constellations du ciel…jusqu’à ce que quelqu’un d’autre se mette à raconter son projet d’aller passer quelques jours chez les Amish et que la fille qui travaille à Hydro-Québec les surprenne tous en parlant du fait que la technologie est déjà au point pour la voiture qui fonctionne à l’eau, mais que ceux qui la révèlent se font assassiner par les lobbys du pétrole.

©99fractales pour La rose des temps (roman)

43/99 Conversation

31 Mai

OO.OO Lalila n’a noté que les quatre zéros la veille, à minuit, fascinée chaque fois que l’heure digitale présente un pattern répétitif.

Elle n’a rien écrit d’autre et a aussitôt sombré dans un sommeil palpitant de rêves dont elle n’a plus, 18 heures plus tard, qu’un vague souvenir.

Elle écrit sur son téléphone intelligent dans son café portugais préféré, au centre-ville, rue Peel, en attendant son trio de salades.

C’est une journée où il fait beau et chaud.

Elle se rappelle qu’elle voulait tenter de reproduire le mouvement d’une conversation, deux jours plus tôt, avec une jeune photographe mexicaine.

Ça se passait au consulat du Mexique, après une lecture de poésie à laquelle Lalila avait participé.

Visiblement émue par le poème qu’elle avait lu, la photographe s’était ouverte comme une fleur de toloache et elles avaient parlé de leur travail respectif avec une liberté et une aisance rares, comme si elles voyageaient ensemble dans une autre dimension, oubliant les autres autour d’elles, toutes à la joie de se reconnaître et de se retrouver alors qu’elles se voyaient pourtant pour la première fois.

En un peu plus d’une heure, elles étaient passées de la couleur magenta à la couleur cyan, du nombril de la lune de Technochtitlan à l’or rose d’un rideau de parfums et à la forêt de lumière que la jeune femme voulait créer comme installation pour son projet de maîtrise en nouveaux médias à l’université de Montréal.

Lalila lui avait parlé des Jardins du Précambrien à Val David et l’avait invitée à la lecture de poésie qu’elle donnait au moins d’août dans le Sentier de la Poésie en pleine forêt, se rappelant les contours flous de cette très ancienne vie où elle avait elle-même appris à peindre avec de la lumière.

©99fractales pour La rose des temps (roman)

42/99 Le personnage

29 Mai

Dans un écran imaginaire, Lalila installe son personnage au milieu de son drame.

La psychologue lui demande alors d’éteindre l’écran.

Le mouvement de balayage horizontal EMDR qu’elle dirige avec sa baguette magique, connectant les deux hémisphères du cerveau de Lalila, a pour objectif d’inscrire en elle le fort champ magnétique de paix dans lequel elle a baigné la veille, en présence du Guide des Égarés.

Lalila retrouve aussitôt une respiration plus ample, un état de bien-être, de légèreté et de joie profonde.

La psychologue lui demande alors de réactiver l’écran.

Lalila sent un rayon d’or rose émaner de son coeur grand ouvert et se projeter vers son corps de souffrances en larmes.

Quand la psychologue lui demande ce qui se passe, Lalila, souriante, explique qu’elle vient d’envoyer un rayon rose à cette version d’elle-même d’il y a deux jours aux prises avec son ombre et que ce rayon de lumière qu’elle vient d’envoyer, elle l’a pourtant reçu la veille puisqu’elle a passé une excellente journée!

Lalila raconte que la première fois qu’elle a compris le phénomène, c’est quand, dans un monastère tibétain du Nord de l’Angleterre, elle avait envoyé des rayons rouge et or sur toute la Terre comme dans la méditation guidée par le lama et que, dans un grand frisson, elle avait alors senti qu’elle communiquait avec cette version d’elle-même en détresse qui, un an plus tôt, avait vu les pyramides tourner sur leurs gonds; vous avez reçu le rayon avant de l’envoyer s’exclame la psychologue émerveillée, vous allez écrire là-dessus?

©99fractales pour La rose des temps (roman)

41/99 Baby Driver

28 Mai

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C’est en commandant sur Amazon.com la nouvelle version de On the Road, the original scroll,  que Lalila apprend que le célèbre romancier de la beat generation a une fille qui a aussi écrit des livres.

Pour une fois, la suggestion du site l’intéresse vraiment.

Elle ne trouve qu’une copie usagée de Baby Driver en livre de poche, mais réussit à commander une copie relativement neuve de TrainSong.

Les livres arrivent peu de temps après: l’édition poche de Baby Driver, a novel about myself, a visiblement longuement voyagé dans des sacs à dos et sent les embruns du Pacifique et la poussière de la route.

Malgré son aversion pour les livres abîmés, Lalila finit par plonger dans Baby Driver quelques mois plus tard et, à sa grande joie, elle découvre dès les premières pages que c’est un grand roman.

La voix est pure, cristalline, juste, d’une honnêteté et d’une humilité renversantes.

C’est brillant aussi, passionnant à lire, plein de coeur et d’âme.

La romancière qui n’a pourtant rencontré son célèbre père qu’à deux ou trois reprises a visiblement beaucoup fréquenté son oeuvre, s’en est imprégnée et a donné sa propre version de la route avec le souffle amoureux du féminin sacré.

Dans l’or rose des quelques centaines de pages qui lui restent à lire, Lalila se demande comment il se fait qu’une auteure de cette envergure soit restée dans l’ombre et commande à City Lights Books de San Francisco un livre que le biographe du clochard céleste a consacré à la romancière née en 1952 et décédée en 1996.

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40/99 Mise à jour

27 Mai
Merkabah

Merkabah

Lalila essaie de reprogrammer ses cellules.

Le technicien en biofeedback lui a appris que de se projeter dans le futur, ça accélère tout notre métabolisme car le futur est plus rapide que le présent et que c’est cette différence de vitesse dans notre corps qui cause le stress.

Depuis la maladie et la mort de papa, Lalila se sent happée par ce qui vient et a de plus en plus de mal à se nourrir de la beauté du monde: le chant des oiseaux, une branche de lilas, un sourire.

Elle choisit de se servir de sa riche imagination pour intervenir sur son corps physique et sur ses corps subtils.

Ce serait vraiment merveilleux si elle arrivait à installer un nouveau logiciel virtuel de son invention qui opérerait une mise à jour automatique de toutes ses cellules, un peu comme lorsqu’on décide de changer le nom d’un personnage dans un roman: on n’a plus qu’à programmer la fonction rechercher/remplacer du logiciel de traitement de texte et la métamorphose onomastique se produit en quelques secondes!

Elle entreprend de visualiser une «rose des temps» scintillante au coeur de chacune de ses cellules biologiques et des cellules photolumineuses de son corps éthérique, de son corps émotionnel et de son corps mental.

Polytétraèdre en mouvement, la clé d’initiation apparue dans sa vie il y a plus de 33 ans, n’a révélé sa nature exacte de véhicule énergétique que dans le temple d’Abydos en Haute-Égypte.

De minuscules Merkabahs de lumière syntonisent alors l’énergie libre et synchronisent ses différents corps à sa fréquence  fondamentale individuelle d’or rose.

Si ça marche, la paix devrait peu à peu se déposer dans chacune de ses cellules.

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39/99 La fête

26 Mai

Papa aurait eu 89 ans aujourd’hui.

Lalila est submergée de tristesse: l’an dernier, à la même date, ils avaient dressé une grande table dans la cour ensoleillée pour le souper.

Toute la famille de son frère le plus jeune était là et tout le monde était heureux.

Elle avait pris de très belles photos de papa avec son arrière-petite-fille de quatorze mois.

L’amie de papa était là aussi, assise au bout de la table à ses côtés, rieuse et surprise de les entendre chanter des ritournelles de feu de camp.

Sa nièce, à l’âge de la petite, raffolait de ces vieilles chansons françaises que maman lui apprenait et qu’on entonnait  en choeur.

La bambine sur les genoux de Lalila ouvrait à son tour de grands yeux ronds, ravie de voir tout le monde chanter.

À 8 heures, le son des casseroles du printemps érable a commencé à retentir dans le quartier; Lalila et Trésor d’amour ont entraîné tout le groupe à la manifestation au coin de la rue pendant que papa et son amie faisaient une petite sieste avant le gâteau d’anniversaire.

Dans l’or rose du soleil en train de  sombrer au-dessus de la rivière des Prairies, blottie dans les bras de sa mère, sa petite-nièce en pyjama tapait allègrement sur une mini-casserole avec une cuillère de bois: elle était aux anges!

©99fractales pour La rose des temps (roman)

38/99 Main de lumière

25 Mai

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Leurs exercices quotidiens consistent en un amalgame d’ancrages énergétiques,  de doubles spirales, de cinq rites tibétains et de mouvements segmentaires et codés.

C’est Lalila qui a élaboré la structure peu à peu, au fil de ses nouveaux apprentissages au cours des deux dernières années.

Progressivement, Trésor d’amour s’est joint à elle, un peu réticent au début, mais de plus en plus coopératif, se chargeant désormais de diriger les salutations au soleil et de faire le décompte des 21 girations soufies.

La structure relativement fixe laisse place à beaucoup d’improvisation, des choix à faire ponctuellement et, selon leur besoin  d’expression et leurs horaires, la séance peut durer de quelques minutes à deux heures.

À la campagne ils pratiquent au soleil, les pieds dans la mousse émeraude près du petit bois, ou alors en marchant, dans la mer mouvementée des Caraïbes à Cuba ou encore, dernièrement, au lit, se contenant de visualiser les mouvements quand ils sont trop épuisés.

Un après-midi ensoleillé d’hiver, tandis que le chat zigzague entre leurs jambes sur le tapis du salon, toujours heureux de participer dès qu’il entend les cloches tibétaines qu’ils font tinter en prenant les trois refuges au tout début de leur séance, quelque chose de merveilleux se produit.

Alors qu’elle se tourne vers Trésor d’amour pour lui rappeler qu’ils en sont à imaginer la «rose des temps» descendant à travers leurs différents chakras, se communiquant leurs idéaux et leurs objectifs, Lalila s’aperçoit qu’il a maintenu le mudra de la protection et que le soleil brille au milieu de sa paume, décomposé par le prisme qui oscille au vent devant la fenêtre ouverte.

Dans l’or rose de cet instant d’éternité, alors que le chat vivait encore, que papa était encore de ce monde et que le chien vivait toujours dans cette maison, Lalila s’était nourrie de Lumière.

Une Lumière qui allait la soutenir au cours des prochains mois turbulents qui l’attendaient alors.

©99fractales pour La rose des temps (roman)