Archive | avril, 2013

13/99 Son verbe préféré

30 Avr

Je choisis la lumière et la vie en arpentant les allées des jardins du cimetière avec mon frère le plus vieux.

Mon frère le plus jeune est loin devant, portant l’urne contenant les cendres de mon père contre son coeur.

Ma jumelle s’accroche au bras de la dame âgée que fréquentait mon père dans les dernières années de sa vie.

Mon frère dit que ça peut nous emporter n’importe quand, que tout ça peut être balayé d’un seul coup: il montre les arbres couverts de bourgeons, les tulipes, les chevelures vert tendre des saules-pleureurs.

J’ajoute qu’il faut vraiment profiter de la vie, des petites joies, du temps qui nous est donné.

Quand l’employé du complexe funéraire dit que notre père nous a écrit une lettre, sur le coup, on pense que c’est vrai.

Puis on rit un peu: c’est un texte générique de sympathie industrielle, mais  ça réussit à être touchant, même si l’employé doit consulter un petit papier sur lequel est griffonné le nom de notre père.

Mon plus jeune frère dépose l’urne à côté de celle de notre mère, ma jumelle dépose les fleurs qu’elle a apportées.

Je choisis l’or rose de l’amour et de la joie d’autant plus qu’elle l’a déclaré hier devant nous trois: elle «m’haillit», c’est d’ailleurs son verbe préféré.

©99fractales pour La rose des temps (roman)

12/99 Une autre vie

29 Avr

Je raconte une autre vie, d’or rose celle-là, où je passais beaucoup de temps avec mes dauphins, à étudier leur langage.

Il écoute plus ou moins, inquiet de me voir si bouleversée.

Mon mari d’alors était spécialiste de ces Bâ venus d’un autre monde, ces êtres ailés à visage humain dont la violence me terrifiait.

Je m’étais éloignée de lui parce qu’il me les imposait: il n’avait pourtant pas le choix.

En tant qu’archonte, il devait leur servir d’ambassadeur auprès des hautes instances de l’empire.

Ça nous a éloignés.

Je ne comprends rien à ces êtres sans coeur et je n’y comprendrai jamais rien.

Il réussissait à avoir de la compassion pour ces affreuses bêtes, moi pas.

Heureusement, nous nous sommes retrouvés dans le Nouveau Monde et je crois que, maintenant, dans la lumière, après des millénaires d’expérience, après la Shoah, il me comprendra.

©99fractales pour La rose des temps (roman)

10/99 Le soleil universel

27 Avr

Soleil universel

Je choisis le vif-argent sur la rivière, la lumière scintillante de l’esprit et la douceur de l’air.

Les ombres que je traverse m’épuisent, mais  je finis par retrouver mon sens de l’humour.

Je trouvais mon amour gronchon hier, mais je suis pire que lui aujourd’hui, découragée, déprimée, léthargique et fatiguée.

Le soleil universel me fait entrevoir un futur probable d’apaisement et de plaisir.

Je parle avec une nouvelle voisine, ses deux petits, du quartier, des fêtes, des ruelles écologiques.

Je pense à ma fratrie, baleine volante en dérive dans l’espace.

Mon personnage, elle, a perdu le contact avec son  guide intérieur.

Elle a trouvé un organisme bénévole qui va pouvoir recueillir le petit chien de son père.

Elle ne l’aura pas abandonné, comme elle le lui avait promis.

©99fractales pour La rose des temps (roman)

09/99 Le son

26 Avr

La rumeur des conversations dans le restaurant asiatique danse comme une entité vivante sous le haut toit de tôle de style industriel.

C’est un son chaud, vivant, le bruissement léger d’un vendredi soir ensoleillé de printemps.

Je choisis l’or rose du plaisir, l’onde de cristal du Chardonnay qui court dans mes veines, rempli d’une vérité qui respire le bonheur.

Je choisis la lumière du grand soleil universel au coeur de chaque fractale du réel.

L’ombre rôde autour de cet état de bien-être, je la sens, insidieuse, prête à bondir au moindre relâchement de ma vigilance.

Elle me donne froid dans le dos.

Mais je  la regarde droit dans les yeux, silencieuse et déterminée.

L’ombre recule, effrayée, et s’enfuit à toutes jambes.

Je respire.

©99fractales pour La rose des temps (roman)

08/99 Pleine lune du Wesak

25 Avr

Je choisis l’or rose scintillant du sphinx dans le soleil couchant, quand je reviens au pas après une folle chevauchée dans le désert.

Le souvenir s’encastre dans un souvenir scolaire de l’ancienne Égypte.

À 30 ans, j’ai eu l’impression de voyager dans mon livre d’école et c’était une sensation incroyable.

La lumière du jour déclinant dansait sur les pierres de la pyramide et je savais avec certitude quel était  mon destin.

J’ai oublié depuis.

Je sentais la force de gravitation de la Terre, je savais les couloirs qu’il y avait sous le sphinx, je savais la boîte noire que j’avais trafiquée dans une autre humanité pour enregistrer les chants des dauphins.

J’étais sur la piste de quelque chose.

J’étais illuminée.

C’est une inscription irrésistible qui va m’aider à traverser cette turbulente lune de feu du Wesak.

©99fractales pour La rose des temps (roman)

07/99 Calculs cabalistiques

24 Avr

Je  termine aujourd’hui un cycle de 99 haikus en anglais que j’ai mis en ligne sur un wiki, sur Twitter et sur mon site Web chaque jour, pendant 99 jours.

Mon amour suggère que je demande à mon seul et unique lecteur s’il voudrait bien écrire une brève présentation du livre qui sera publié à l’automne par mon éditeur de Victoria, en Colombie britannique.

Mais j’hésite: mon seul et unique lecteur est lui-même en train de finir un livre, considérablement plus ambitieux, et je  ne voudrais pas lui imposer une tâche qui l’alourdirait. 

 Je choisis pourtant l’or rose du courage et de la détermination: je serais évidemment ravie qu’il accepte d’écrire une introduction, ne serait-ce que d’une page, ses commentaires sont toujours si lumineux!

 =Nous sommes la veille de la pleine lune du Wesak: cette pleine lune en Taureau est une lune de feu au cours de laquelle l’Éveillé descend prêter une oreille attentive à nos requêtes de Terriens.

 Je sens en moi un tourbillon de désirs et de demandes, des rêves brisés qui ne demandent qu’à ressuciter, un profond besoin de transcender mes peurs, toutes mes peurs, ma paranoïa, mon karma d’isolement émotionnel.

 Le personnage, elle, a discuté prénoms avec une autre cliente chez l’esthéticienne.

 Je risque de changer encore une fois son prénom.

 Plus que quelques calculs cabalistiques à faire.

©99fractales pour La rose des temps (roman)

06/99 La Fête des Voisins

23 Avr

22:22 le 22: ça m’amuse toujours ces synchronicités.

Je choisis l’or rose qui émane du chiffre deux en écho aux 12 branches de la rose des temps, clé d’initiation de la renaissance dans le Nouveau Monde.

L’ancien monde s’effondre de partout, les gens meurent autour de nous, le temps passe de plus en plus vite, la fatigue et le stress nous brûlent.

À 11:11 le lendemain, le personnage décrit le petit chien de son père à une organisation charitable qui recueille les animaux abandonnés, en espérant qu’ils pourront en prendre la charge et lui trouver un foyer.

La maison va être mise en vente, elle sera vidée, la tapisserie arrachée, les murs peints en blanc.

Son crâne dans les mains froides de l’énergéticienne à une heure de l’après-midi, le personnage traverse la paroi du Temps et aperçoit son père, cloné dans la chemise à carreaux rouge vin qu’il portait sur pratiquement toutes les photos, assis dans la chapelle funéraire où elle lui avait rendu hommage avec ses frères et sa jumelle.

Il y avait une bonne douzaine de ses clones assis là.

Vers la fin de l’après-midi, elle promène le petit chien dans la ruelle et avec les voisines surveillant d’un oeil leurs jeunes enfants, elles parlent de la Fête des Voisins, de faire de la ruelle une ruelle verte.

Elle se dit qu’ils pourraient dresser la table à tréteaux fabriquée par son père et le deuxième samedi de juin, y poser la nappe mexicaine en sisal de Teotihuacan qu’elle avait offerte à sa mère et la fête battrait son plein, comme ils avaient frappé dans leurs casseroles le printemps dernier, arborant fièrement le carré rouge du printemps érable.

©99fractales pour La rose des temps (roman)