Archive | août, 2012

L’exacte nuance du rose des Temps

28 Août

 

Dans le plancher marbré du petit aéroport de Cayo Largo, Lalila hallucine un être au crâne allongé d’un turban bulbeux. Bientôt, elle discerne les silhouettes de plusieurs dizaines d’êtres semblables.

 

Toute la journée, la frontière entre les mondes est fluide au point qu’elle glisse de l’un à l’autre avec une aisance qui l’effraie. L’excès d’alcool de la veille a lubrifié ses synapses.

 

Elle somnole une bonne partie de la matinée aux côtés de Trésor d’amour dans la chambre claire de leur bungalow, le rideau de tulle blanche voletant au vent dans la porte-fenêtre grand ouverte sur le remuement apaisant de la mer.

 

À l’orée de l’état de veille, les images hypnagogiques pullulent de crabes, de lézards et d’iguanes, au point qu’elle sourit dans son demi-sommeil en se disant qu’il y a encore beaucoup de vin blanc dans son sang et que ça ressemble sans doute un peu à du délirium tremens…

 

Lalila respire doucement, attentivement, entrouvrant parfois les yeux sur le rideau dansant, bercée par les vagues. Les images se stabilisent: elle voit très nettement, derrière ses paupières closes, un sable gris percé d’une pluie froide et des branches odorantes de cèdre, comme si elle était couchée par terre, dans une nature qui n’est pas celle de Cayo Largo dont le fin sable blanc n’a pas du tout cette texture. L’image persiste même quand elle raconte ce qu’elle voit à Trésor d’amour qui se réveille un peu et se tourne vers elle, murmure quelque chose d’incompréhensible et se rendort.

 

Lalila s’aperçoit qu’elle est dans la mémoire de femme d’un autre temps qui parlait avec les baleines de Tadoussac et entrait parfois dans des transes qui lui faisaient perdre conscience.

 

Les images se transforment: des poteaux totémiques, un oiseau dont les ailes ont une envergure extraordinaire s’envole d’un ciel bleu parsemé de nuages rebondis. Mais non, ce n’est pas du tout un oiseau: c’est le cheval ailé de la mythologie qui l’entraîne dans sa course folle à travers le cosmos. Lalila s’accroche à sa crinière et se laisse porter, ravie.

 

Soudain, un jaune pâle d’une grande intensité surgit dans sa vision intérieure, une sphère lumineuse, vivante et vibrante. Elle se tient au centre d’une vaste pièce peinte de la nuance exacte de ce jaune. Elle a elle-même fabriqué cette couleur avec du safran et du topaze réduit en poudre et le vieil artisan de Haute-Égypte dans la mémoire duquel elle se trouve contemple avec joie le résultat de son travail. Il lui reste maintenant à peindre les fresques qui s’animent déjà dans son esprit: dieux coiffés de la couronne blanche, déesses musiciennes, scènes de moisson, scarabées, lotus, oeil sacré du faucon.

 

Lalila sait fort bien que l’Égyptien voit lui aussi à travers le temps la femme d’une humanité précédente qui, elle, travaillait avec la lumière pure et se réjouit, elle aussi, de ce merveilleux jaune mêlé de blanc.

 

De nouvelles images surgissent. Des yeux, très réels. Des gens qu’elle voit de très très près, derrière la fine membrane de ses paupières pourtant closes. Des yeux fatigués, un peu tristes, parfois inquiets, bienveillants. Les yeux de maman peut-être, vers la fin de sa vie. Ceux de cet oncle décédé il y a quelques mois seulement, d’autres yeux dont elle se rappelle vaguement, les yeux du père de Trésor d’amour passé de vie à trépas depuis une dizaine d’années déjà, des yeux inconnus. 

 

Lalila est en contact avec le cercle de ses ancêtres. avec ce que sa grand-tante entrée chez les Clarisses à 19 ans où elle était morte de sa belle mort à 89 ans, appelait «la communion des Saints». Ils sont là, autour d’eux, esprits veillant avec amour sur leur transition vers un nouveau monde tandis qu’ils glissent dans des vagues de sommeil sur cette petite île sauvage baignée par la mer émeraude des Caraïbes. 

 

Le néo-cortex en pleine effervescence, Lalila comprend en un éclair qu’elle est en train de vivre une épiphanie: sa peur d’échouer dans ce qu’elle entreprend ne lui est pas qu’individuelle, comme dirait le poète au sujet de la difficulté québécoise avec la langue.

 

La vision se précise: un voile tissé de fils d’or très fins, léger comme le vent, flotte au-dessus de ses compatriotes, les morts aussi bien que les vivants, les rassemblant en un vaisseau d’or aérien voguant sur les mers inconnues du Temps. La trame comme la chaîne de cette voilure c’est la peur de l’échec, leur peur collective de l’échec. Cette peur même qui risque justement de les précipiter dans l’abîme du Rêve. 

 

Mais Lalila sait, comme l’Égyptien, comme cette femme d’une ancienne humanité disparue depuis des millénaires, qu’il suffit de souffler doucement sur cette voile d’or pour la disperser dans l’air comme un nuage qui s’effiloche dans un ciel d’été.

 

Ce soir-là, dans l’avion qui la ramène de Cuba à Montréal, des turbulences au-dessus du détroit de Floride l’arrachent à ce roman d’un romancier français qui a donné à son dernier livre le nom d’un poète russe à la vie passionnante. Au début, Lalila persiste à vouloir s’immerger dans ce très beau roman au rythme ample et enveloppant, mais une peur de plus en plus nette la submerge. Déposant le livre sur le siège libre à côté d’elle, glissant sa main dans la main apaisante de Trésor d’amour, elle se dit que non, il n’est pas question que son ancienne phobie des avions, disparue par enchantement depuis plus de trois décennies, resurgisse aujourd’hui.

 

Elle ferme les yeux, respire, observe la sensation de crispation dans tout le corps, le flot d’adrénaline à chaque nouvelle poche d’air. Peu à peu, inspirant profondément, expirant lentement, Lalila retrouve son calme. 

 

Ça devient clair tout à coup: ces êtres vus dans les motifs du plancher de l’aéroport étaient des esprits de l’air, des djinns espiègles et joueurs qui brassent un peu l’appareil, le temps de lui faire comprendre que cette zone de turbulences, elle la traversera comme elle traversera le voile de sa peur plus profonde de mourir. Il lui suffit de s’abandonner à son souffle, de prendre à la légère cette peur atavique enchâssée dans une peur collective de l’échec. 

 

Ce roman,elle réussirait à l’écrire. Et ce roman traduirait avec grâce l’exacte nuance du rose des Temps. Elle l’entendait presque souffler dans son esprit tandis que l’appareil se posait avec délicatesse sur le tarmac de Dorval et qu’elle se joignait avec délice à la clameur des applaudissements des passagers, spécialité d’un peuple qui n’en revient jamais d’avoir survécu. 

 

 

@La rose des temps 2012

 

 

 

 

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La sirène aux yeux verts

20 Août

Chevrette_et_faons

Elle la connaissait depuis des années, la croisait souvent dans le village, toujours lumineuse, vêtue de turquoise, de bleu ou de vert, de longs vêtements flottant autour d’elle, gracieuse créature qui allait à pied, toujours en route vers le Lac Doré ou la Rivière du Nord, prête à plonger son corps dans l’eau fraîche approvisionnée par une source ou son regard bleu dans les méandres de la rivière hélas polluée, souple sirène étincelante. 

 

Au début, elle louait des canots: son chum avait une petite entreprise de location de vélos et de canots. Ensuite, elle avait travaillé au Marché d’été, à la boulangerie, toujours radieuse, souriante et pleine de joie de vivre. Elle donnait aussi des spectacles de danse orientale, mais ça se passait toujours au moment où Lalila était retournée en ville pour l’automne.

 

Un jour où elles assistaient toutes les deux à une conférence donnée par un guru indien particulièrement ennuyeux à l’auberge Prema Shanti, elles avaient bavardé longuement de leurs démarches respectives.  

 

Un été, elle avait raconté à Lalila que sa vie avait complètement changé, qu’elle avait découvert de nouvelles dimensions d’elle-même, un nouveau travail sur lequel elle était restée plutôt vague, qu’elle avait quitté son chum  et vivait maintenant dans une petite maison de cèdre au pied du mont Condor.

 

C’est son ostéopathe qui lui avait appris en quoi consistait le nouveau travail de la belle sirène: elle avait développé des dons médiumniques, suivi une formation en harmonisation des énergies auprès d’une femme très âgée et prodiguait maintenant des soins à une clientèle triée sur le volet. Elles avaient fait un échange de traitements et l’ostéopathe avait trouvé que la sirène était particulièrement douée.

 

Après l’avoir croisée à quelques reprises au cours de l’été, c’est vers la mi-août que Lalila se décide à prendre rendez-vous pour une harmonisation des chakras et un rebalancement énergétique.

 

On annonçait de la pluie ce jour-là, mais finalement le temps s’est mis au beau au moment où Lalila se met en route vers le mont Condor. La petite maison de la sirène est nichée tout en haut d’une rue qui se transforme en un chemin privé s’enfonçant dans la forêt.

 

La sirène l’accueille avec chaleur et l’invite à prendre place à une petite table ronde dans une pièce lambrissée de bois patiné et d’immenses miroirs, lui sert une tisane calmante à l’avoine et entreprend de lui raconter ce qu’elle a perçu à distance tout en lui posant de nombreuses questions pour confirmer ses intuitions.

 

Lalila se sent tout de suite en confiance et la conversation met bientôt à jour ce qui a besoin d’être recentré dans son énergie: un excès de yang vers l’avant la rend débordante d’enthousiasme, mais elle risque de s’épuiser si elle n’apprend pas à se reposer et à se réfugier dans le cocon yin du silence et de la réflexion. 

 

Ça lui paraît tellement juste qu’elle est ravie de s’asseoir sur une chaise au milieu de la pièce, ses pieds déposés sur un banc, tandis que la sirène trace des cercles élégants dans l’air autour d’elle, avec des micro mouvements des mains, rebalançant ses corps énergétiques. Au moment où elle passe derrière elle, Lalila sursaute de peur. La sirène revient aussitôt dans son champ de vision, redessine les contours de sa bulle en lui expliquant qu’elle s’apprête à reculer son énergie vers l’arrière pour qu’elle se trouve bien au centre. La sentant rassurée, elle s’aventure de nouveau derrière Lalila qui sent cette fois une sorte de ballon bleu se déployer dans son dos. Elle comprend tout à coup la douleur au dos qui l’a taraudée la veille alors qu’elle nageait dans la piscine: le traitement était déjà commencé, comme ça arrive souvent dans les soins énergétiques.

 

La sirène l’invite ensuite à s’étendre sur une table de massage. Elle la recouvre d’un léger drap de flanelle blanche et entreprend de réénergiser et de balancer ses centres d’énergie. Lalila s’enfonce dans un bien-être physique parcouru d’images fluides, géométriques et sent des gouttes de couleur s’échapper des mains dansantes qui tracent des trajets cabalistiques au-dessus d’elle tandis qu’elle somnole, les paupières à moitié closes.

 

En redescendant de la montagne, sur le chemin qui mène au lac, dans la lumière dorée du soleil couchant, Lalila s’arrête tout à coup, interdite. Sur le bord du fossé menant à un ruisseau, un chevreuil femelle et ses deux faons se tiennent à l’attention, curieux. Lalila s’avance doucement vers eux, émue de tant de grâce et de douceur. Ils se laissent approcher puis, à l’arrivée d’une voiture, s’enfuient d’un bond dans la forêt enchantée.   

C’est seulement à ce moment-là, qu’elle se rappelle le regard de la sirène au moment où elles se sont dit au revoir: ses yeux bleus étaient devenus verts.

 

 

@La rose des temps 2012

 

 

 

 

Jour de mai

14 Août

Une grande marée la traverse, emportant encore un peu de douleur et de plaisir. Elle va mourir, c’est donc ça. Le parfum des arbres en fleurs entre par la fenêtre ouverte. Le printemps a éclaté prématurément de sorte que les cerisiers, les pommetiers et les lilas fleurissent simultanément, répandant leurs fragrances subtiles. 

 

Maman se laisse doucement glisser vers sa fin. Elle va bientôt mourir, au bout de son souffle. Le temps passe. Le soleil couchant inonde la chambre. La Rivière des Prairies brille, serpent liquide se coulant dans Montréal en fleurs.

 

Elle se met à tousser, retombe doucement sur ses oreillers, les yeux toujours fermés: un céleste sourire illumine fugitivement son visage.

 

Le temps passe. Quelqu’un a pris sa main dans le siennes et caresse le réseau des veines violacées. Une grande marée la soulève jusqu’à la crête d’une immense vague et elle est emportée vers le large. 

Petits enfants, prenez garde aux flots bleus

Qui font semblant de se plaire à vos jeux

 

Il fait chaud. Il y a beaucoup de monde. Le parfum de fleurs blanches de cette nuit de mai pénètre dans la chambre. Elle vogue, portée par la grande marée et par le son des voix familières. Elle navigue dans le flux et le reflux océanique. Les voix s’estompent, quelqu’un éteint. Il fait de nouveau chaud, trop chaud. Elle se rendort d’un sommeil lourd.

 

Elle dérive dans un noir opaque quand une quinte de toux la réveille. Quelqu’un ouvre grand la fenêtre et ramène le châle autour de son cou, pose doucement une main sur sa main. L’air frais transporte les effluves du printemps et de la rivière. Une immense vague de joie la submerge alors, complètement inattendue. Une lumière liquide baigne toute la chambre. 

 

La grande marée revient, irrésistible, lui fermer les yeux. Elle n’entend plus que des murmures, mais elle sent des lèvres sur son front, une main sur son coeur. La grande marée s’approche, plus forte encore, elle glisse dans le courant, emportée vers le large.

The Ladder (1)

11 Août

The_ladder

This story begins in a ladder. A ray of sunlight illuminates the space of a shed, in Quebec, circa the mid-twentieth century. The little girl in the ladder has not yet three years. She is embedded in time and journeys into eternity, timeless scribe of the hieroglyph side of what we call reality. She trembles, a tremor shaking her whole being. She sees into the indigo depths of Time. In her Sunday dress and her cute white ankle boots, the little one is trembling. There, at the top of the ladder, a voice, a voice is calling.

 

It is the voice of reality. A voice that will seal her fate. It was written that there would be this chromatic scale and the tremor of meaning that would make her a clairaudient like her mother, her grandmother and her great-grandmother before her. It was written in the House of Dreams of the First Nations of this territory that she would enter one day into the House of Mica of peace.

 

She would write a book about it one day. A sphinx-book like this lion of fire lurking in the desert, protecting the underground cities of vanished humanities. She would tell stories as she had promised herself when she had to go to the Ahuntsic library to give back these little girls of the rainbow that went straight to the heart. Ha! To be able to follow them in the secret passages of a castle as there was only in books when you were born in St. Augustine, County of Two Mountains! For a long time, she would hear the echo of their steps into the depths of the Earth and into the moraines of her books as a child as well in the labyrinths of her classes of ancient civilizations.

 

Yes, she would write stories. On her eleventh birthday, Mom had given her a diary with her birthstone and a delicate golden clasp that could be locked with a tiny key, saying, « Here, you’ll be able to write all your secrets. »

 

She would one day find herself at the other end of the Earth, perched on a platform erected for a poetry reading in the open,  singing the sound of the Self, while the rose sky would unfold over one of the biggest cities in the world.

 

From the upcoming book: ©Rose of Times 2012

 

Fractale d’émeraude

2 Août

Emeraude

En faisant ses girations de derviche tourneur, Lalila est encore une fois tombée mollement sur la mousse et s’est mise à rire, étendue dans la rosée du matin. Se relevant d’un bond, elle a poursuivi son enchaînement, se concentrant pour éviter de penser à son nom de domaine en train d’être englouti dans les trous noirs du cyberespace.

 

Avant de commencer à écrire, elle a quand même vérifié sur son téléphone intelligent si le service de soutien technique avait répondu à son quatrième ticket. Il l’avait fait. Elle n’avait plus qu’à prier les dieux du Web que le technicien responsable de sa requête ait un scrupule à la laisser poireauter jusqu’à ce qu’à la fin de la période de grâce de 29 jours. Elle lui avait déjà parlé au téléphone et il lui avait paru un peu plus humain que les trois autres seuls employés de cette compagnie qui gérait pourtant neuf millions de noms de domaine à travers le monde!

 

Tout ça parce qu’elle avait supprimé son compte gmail depuis le moment où elle avait acheté son nom de domaine d’une compagnie qui avait été vendue à une autre qui se montrait maintenant très à cheval sur la vérification de son identité! Elle avait pourtant soumis un scan de son permis de conduire, mais ils avaient mis deux semaines avant de lui annoncer que le scan n’était pas assez clair. Elle en avait soumis un meilleur. Mais elle avait découvert, en surfant, que la compagnie en question avait très mauvaise réputation: ils étaient connus pour leur mesures dilatoires leur permettant ensuite de réclamer des sommes extravagantes pour que le client puisse récupérer son nom de domaine. 

 

Pour la première fois, elle avait le sentiment d’être en contact avec les forces noires de l’Internet. Elle savait bien qu’elles existaient, ces forces contraires, mais de les rencontrer de front, c’était autre chose. 

 

La veille, tandis que les énergies de la pleine lune du mois d’août commençaient à se faire sentir, elle s’était résolue à refuser leur chantage et s’était préparée à se détacher de ce site facile d’utilisation qu’elle nourrissait de poèmes, d’images et d’extraits de La rose des temps depuis plus de deux ans et auquel elle n’avait plus accès depuis que son nom de domaine était tombé dans les limbes.

 

Le choc qu’elle en avait ressenti l’avait épuisée. Elle avait fait une sieste de deux heures pendant l’orage de l’après-midi et en était sortie complètement regénérée, son champ magnétique mystérieusement réparé.

 

L’eau turquoise de la piscine caressée par un soleil éclatant qui avait chassé tous les nuages avait lavé ce qui restait d’inscriptions douloureuses en elle. Cette peur de perdre le contact remontait loin dans le temps: elle se revoyait à Mont-Laurier, petite fille, en visite chez ses grands-parents. Elle s’était réveillée en pleine nuit, avait marché dans la maison plongée dans l’obscurité, se demandant pourquoi il n’était pas là. Personne ne lui avait expliqué pourquoi il n’était plus jamais là. Elle n’avait plus revu le garçon en haut de l’échelle. Il était disparu dans des ténèbres inexplicables. Plus personne ne prononçait jamais son nom. Elle avait pourtant osé, au petit matin. Sa grand-mère avait répondu qu’il était allé camper avec son frère sur la montagne. Il existait donc toujours?

 

Maman lui avait fait des gros yeux et Lalila n’en avait plus jamais reparlé.Ce silence, ce silence qu’elle a gardé si longtemps, comme si une main la bâillonnait encore, elle le déchire mot à mot, phrase après phrase, livre après livre.   

 

Lalila lève les yeux du clavier de son portable, contemple la lumière qui ruisselle, émeraude, dans les feuillages des arbres remués par la brise et dans l’herbe reverdie par les fortes pluies de la veille. Le chat s’est installé juste à la frontière de l’ombre et de la lumière, ses pattes de sphinx étendues au soleil, son corps de lynx happé par le clair-obscur des grands  arbres, gardien de tous les secrets.    

 

 

extrait de ©La rose des temps 2012